Phosphates à basse teneur, L’OCP recycle 90% de l’eau utilisée

· 0,5m3 d’eau pour produire une tonne de phosphate

· Des économies de 8,4 millions de DH l’an


· Les argiles utiles seront aussi recyclées

Quelques semaines à peine après avoir créé sa première direction des communications et des relations externes, l’Office chérifien des phosphates (OCP) dévoile tranquillement ses secrets. Le groupe dont les activités ont longtemps laissé l’opinion publique dans le flou, quant à l’impact de ses activités sur l’environnement, veut aujourd’hui montrer patte blanche. «Nous sommes une société internationale et nous nous battons sur les marchés mondiaux. Il faut que nos politiques tout comme nos actions sur le terrain correspondent aux normes les plus contraignantes», affirme fermement El Hadi Kendili. Le directeur de Qualité, Sécurité et Environnement de l’Office en connaît long sur le chapitre: «Je suis dans le groupe depuis trente ans, et j’ai notamment dirigé le site de Safi», raconte-t-il. L’OCP, qui emploie des technologies de récupération dont certaines ne sont même pas encore brevetées, est à la page. «Nous voulons capitaliser l’expérience que nous avons acquise au fil des ans. Notre direction existe pour donner une nouvelle impulsion en matière d’environnement, qu’il s’agisse de l’extraction des phosphates, de leur transformation, ou de l’utilisation qui en est faite chez le client», soutient-il. Ainsi, le groupe applique une stricte politique de veille sur l’économie de l’eau douce, «par recyclage et récupération des eaux de lavage des unités de transformation chimique». Au total, l’OCP récupère 2,38 millions de m3 d’eau par an.
Il ne faut pas s’en cacher: c’est aussi parce que protéger l’environnement rapporte gros que l’OCP a cherché à développer sa conscience écologique. Son système d’économie de l’eau lui permet, notamment, d’économiser 5,4 millions de DH chaque année. A ce montant s’ajoutent annuellement 3 millions de DH en gain sur les frais de fonctionnement.
Depuis le début des années 70, l’Office utilise un système de bassins de filtration. Cette technique permettait déjà d’éviter le rejet de liquide direct. «Le principe est simple. Pour séparer les phosphates des argiles, nous ajoutons de l’eau à la terre et nous brassons. Les grains les plus gros, c’est-à-dire les phosphates, sont extraits de la solution boueuse. Une fois les phosphates retirés de la boue, nous versons celle-ci dans des débourbeurs», explique le cadre. Cette boue est en fait composée d’argiles de différentes qualités et d’eau. Par décantation, l’argile descend au fond et l’eau reste à la surface. Cette technique permet de récupérer 85% de l’eau utilisée. «A l’époque, l’argile qui restait était ensuite déchargée dans l’oued Oum Rabii», raconte Kendili. S’il assure que cette boue ne présentait aucun risque pour la santé des riverains, il admet qu’elle pouvait parfois causer des débordements, et par conséquent des soucis aux habitants. «Mais aujourd’hui, alors que nous ne déversons plus la boue à cet endroit, ces mêmes habitants se plaignent de la sécheresse de l’oued», ironise gentiment le directeur. De fait, cette boue avait tout de même le mérite d’humidifier le cours d’eau. Entre 1989 et 2000, l’OCP procédait plutôt à l’évacuation vers une digue aménagée, à 24 km du site.
Mais depuis les sept dernières années, le procédé de filtration comprend une étape de plus. Les argiles qui étaient auparavant jetées dans l’oued, sont maintenant envoyées dans d’immenses bassins. Elles se déposent au fond, et servent à imperméabiliser les parois des bassins. «Nous gagnons ainsi 5% de plus d’eau», soutient Kendili. Selon les calculs de l’Office, aujourd’hui, il ne faudrait donc pas plus de 0,5m3 d’eau pour produire une tonne de phosphate.
Et l’argile dans tout ça? Bien évidemment, elle est stockée dans les bassins. Mais l’avenir pourrait bien lui réserver un second sort. «Les argiles utiles peuvent servir dans la fabrication de l’acide phosphorique», explique le directeur QSE. Un projet de valorisation de ces argiles est d’ailleurs actuellement à l’étude.
Il est à noter que ce processus de filtration ne peut pas être appliqué à tous les types de phosphates. «Nous n’utilisons cette technique que pour les phosphates à basse teneur», confie Kendili. Mais dans la course à «faire toujours mieux», imposée par la féroce concurrence mondiale, «il ne serait pas étonnant d’en arriver à devoir enrichir l’ensemble de notre production».

Marie-Hélène GIGUÈRE

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