Festival Al Maya, les chants de femmes, premier Festival du monde rural dans les Doukkala

Oulad Amrane (du 30 Avril au 4 mai 2008), Pour la première fois de son histoire, la province des Doukkala résonnera, pendant près d’une semaine, ( du mercredi 30 avril au dimanche 4 mai) du chant de ses paysannes. On va dire : des femmes rurales. Pour la première fois en effet, un festival leur est consacré…avec un joli nom : « Al Maya »….

Et, pour faire bien, c’est dans le doukkala profond que se tiendra cette manifestation. Dans une région presque oubliée des grands circuits touristiques : Oulad Amrane avec ces cinq communes : Lahgagcha, Kodiet Beni Dghough, Kridid, et Tamda…et une population d’environ 80.000 habitants. Une terre essentiellement agricole, presque enclavée même si elle est située à la croisée de routes importantes. Où ses fils ont du mal à voir l’horizon…Alors, tous essaient de trouver du travail ailleurs…et on les voit en grappe, au retour du week end, faire du stop, sur la nationale pour regagner leur lieu de travail. Dans une semaine, ils reviendront voir leur famille. Un va et vient hebdomadaire qu’ils accomplissent par devoir.

Mais pendant cinq jours, tous ces garçons et ces filles, ces hommes et ces femmes viendront se rassembler sur la place d’Oulad Amrane et dans les ruelles de cette bourgade sans grande allure. Ils entendront de la musique, ils assisteront à des fantasias, à des démonstrations de fauconnerie – la région possède elle aussi ses fauconniers renommés ! – ils feront la fête…et, c’est sûr, ils noueront de nouvelles amitiés, feront de nouvelles rencontres…et de nouveaux rêves. Car c’est pour eux avant tout que ce festival a été organisé.

Même si, dans les ambitions des uns et des autres, on pense pouvoir drainer des habitants venus d’ailleurs, et des touristes aussi. Car c’est bien l’objectif final de ce grand show : associer ces villages et ces douars au développement de toute une province qui ne veut laisser personne de côté.

Aboulkacem Chebri, Directeur du Centre du Patrimoine Maroco-Portugais, qui, au côté d’autres membres du comité d’organisation, s’est jeté avec cœur dans la bataille pour que ce festival soit un succès (et ce n’était certainement pas facile à priori !) nous en précise les contours :

« Ce festival de chants de femmes, Al Maya, connu dans les doukkala sous le nom de Al Nouiat ou Al Abat, se tient au cœur des 5 communes les plus pauvres de la province d’El Jadida ; à l’origine de cette manifestation, l’idée était de rendre hommage au milieu rural et notamment à la femme rurale. Or comment mieux lui rendre cet hommage sinon en le faisant dans son décor naturel, au cœur même du pays, en pleine campagne ? Mais à travers la femme doukkalie, nous voulons rendre hommage à la femme marocaine en général , bien sûr, mais aussi à toutes les femmes rurales du monde. Ce festival s’inspire de la philosophie de l’Initiative Nationale du Développement Humain, lancée par Sa Majesté le 18 mai 2005.

« Il faut dire aussi que, généralement, on avait tendance à privilégier jusque là, le littoral maritime, avec l’implantation de stations balnéaires le long des côtes de la province : Azemmour, El Jadida, Sidi Bouzid, Sidi Abed, Oualidia, etc . Or il y a tout un arrière pays qui mérite d’être découvert, avec des contrées intéressantes comme Oulad Amrane, Ouled Frej, Aounate, Boulaouane, etc… et d’autres coins profondément ancrés dans les doukkala et d’une grande beauté.

« Vous le voyez, l’idée majeure de ce festival, c’est de lier la culture au développement général et durable, économique et social de l’ensemble de la province… ce festival est placé sous les auspices de l’inter-culturalité, la rencontre de l’autre, le dialogue entre les cultures . En ce sens, c’est un festival essentiel et la marque profonde du Maroc contemporain, fier de son passé.

Eljadida.ma : Toute une série de manifestations auront lieu durant ces quatre jours. Quels en seront les temps forts ?

« Tous les moments de ce festival seront des temps forts. Tout a été ficelé, et bien ficelé croyons-nous, pour que les journées soient copieusement remplies par des spectacles, des débats, des jeux, des présentations de la vie rurale, de son artisanat, de son folklore.
Les habitants des Doukkala seront surpris de découvrir un superbe support publicitaire, des banderoles foisonnantes pour égayer la ville, ainsi qu’une scène avec une acoustique imposante, avec une lumière intelligente, architecturale… Le festival sera notamment composé de soirées artistiques consacrées aux chants de femmes des doukkala et d’autres villes du Maroc, avec des troupes de grande renommée ; ce sera également des scènes de fantasia, de fauconnerie et des jeux traditionnels d’enfants. Il y aura aussi des expositions de pièces d’artisanat que nous avons récoltés dans les douars des 5 communes de la région. Des débats et tables rondes auront lieu sous des tentes caïdales : ainsi, d’éminents experts débattront de thèmes ayant trait à la culture, comme par exemple « l’histoire et le patrimoine local » ou « la culture comme locomotive du développement ». Il y aura aussi des ateliers de formation et de sensibilisation pour les agriculteurs, assurés par du personnel de l’ORMVAD.

Partir d’un endroit où il n’y avait pas grand-chose à vrai dire, pour en faire une grande vitrine de la vie paysanne, c’est un pari audacieux. J’imagine que cela n’a pas été sans difficultés ?

« Quand le festival sera terminé, nous ferons le bilan de ces difficultés. Pour l’instant, nous pensons à sa réussite. Certes, les difficultés sont de tous ordres : d’abord, des difficultés financières, mais, le noyau dur du comité d’organisation a tout fait pour les réduire au maximum ; quand nous avons sillonné les douars de ces cinq communes, nous avons ressenti un grand désir de collaboration de la part des populations et une parfaite intégration des autorités locales au sein de notre comité d’organisation, depuis le caïd jusqu’aux associations de la région qui, dès le départ, se sont montrées solidaires pour la réussite de cette manifestation. Et cette ambiance nous a facilité le travail.

La ville n’est pas très pourvue d’unités hôtelière ou de restauration. Quelles dispositions avez-vous prises pour remédier à cela et quels publics attendez-vous ?

Nous attendons un public de partout, de Rabat, de Casa, de Marrakech, tout comme d’El Jadida ou de Safi et d’ailleurs, et pour peu que les grands hôtels d’El Jadida ou de Safi mobilisent leur clientèle, ça fera aussi certainement beaucoup de monde ; mais je crois surtout que les habitants des communes voisines descendront en masse pour se réjouir ensemble, comme ils n’ont jamais eu l’occasion de le faire jusque là…Nous montrerons ainsi qu’ils ne sont pas oubliés Et puis, nous recherchons des logements disponibles pour des visiteurs ou des participants, et des habitants nous ont proposé généreusement d’en héberger.
Quoiqu’il en soit, El Jadida n’est pas si loin, ni Sidi Bennour, Safi ou Oualidia ou Zemamra!

Et quelles retombées économiques ou culturelles attendez-vous de ce genre de manifestation ?

« Cette question rejoint la première. Ce festival, qui s’intéresse au monde rural, a pour but d’attirer le regard vers ce terroir, mais aussi de faire parler de cette contrée, et une fois la réputation de ce festival installée, il y aura certainement un retour d’investissement.
D’abord, auprès des stations balnéaires de la région. Sans doute beaucoup aimeront se dépayser totalement en allant découvrir le Maroc profond. Après tout, Oulad Amrane se trouve sur le grand axe routier qui mène à Safi, Oualidia ou Marrackech. Pourquoi alors ne pas s’arrêter dans cette région là. En tous les cas, nous espérons que ce festival sera le moteur qui déclanchera un mouvement économique, social et culturel qui ne pourra qu’être bénéfique pour les communes de cette région, pour la province d’El Jadida et pour le Maroc…Car nous entendons bien, dès la seconde édition, donner à ce festival une dimension internationale, en faisant participer des chants venus des campagnes d’autres pays. C’est une grande ambition que se fixent les Autorités provinciales et les populations d’Oulad Amrane….Elle est à portée de main, nous en sommes tous convaincus. »

Alors, prenons rendez-vous déjà pour l’an prochain, où les fados portugais, les sérénades andalouses, les chorales basques ou corses, les binious bretons ou écossais viendront se mêler aux chants des campagnes doukkalies !

PAR : Michel Amengual

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