La nouvelle et la poésie se rédigent souvent sur un coup de tête

Interview: Lucas Dymny, Directeur de l’Alliance franco-marocaine de Safi. Donner la possibilité à de jeunes écrivains et poètes de communiquer leurs émotions, tel est l’objectif de Lucas Dymny en organisant cet automne un concours de littérature.
 
 
Le Matin : Comment avez-vous eu l’idée d’organiser un concours de littérature pour les jeunes écoliers et les adultes de Safi et Doukala-Abda ?

Lucas Dymny :
Cette idée m’est venue lors d’un entretien avec Ibrahim Jaouhari, le délégué de l’Education Nationale à Safi. Étant donné que j’arrivais tout juste, nous nous sommes rencontrés pour faire d’abord connaissance, puis il m’a présenté les particularités des écoles et lycées safiots, ainsi que leur potentiel. L’année dernière, un concours de dictée avait été organisé et avait été bien accueilli. Nous étions d’accord pour reconduire cette bonne expérience, mais je me suis dit qu’on pouvait également l’étendre à d’autres domaines. Ayant moi-même davantage d’affinités avec la littérature qu’avec la grammaire et l’orthographe, je me suis dit qu’on pourrait, grâce à cette extension, mettre en valeur également d’autres esprits de qualité, ceux qui créent et inventent.

Qu’est ce qui a motivé le choix de ces deux genres : la nouvelle et la poésie ?

Ce choix a été très rapide. Je me suis demandé : "De quel genre d’oeuvres suis-je en mesure d’apprécier la qualité?" Il m’apparaissait évident que s’il s’agissait de réunir un nombre d’oeuvres conséquent, on ne pouvait appeler les auteurs de romans dont la lecture prendrait trop de temps. On limiterait ainsi le nombre d’oeuvres que les membres du jury pourrait prendre en compte et on ne ferait par là que des malheureux: les auteurs qu’on ne pourrait pas tous lire, et les membres du jury qui ne pourraient pas tout lire. De plus, je suis particulièrement intéressé par des oeuvres intenses, dans lesquelles le message, l’émotion et les sentiments passent immédiatement.
Ces oeuvres incitent à la réflexion et à la discussion interprétative, aiguisent l’esprit du lecteur, et ce, dans un bref laps de temps. Ce qui ne fait que renforcer l’impact.
J’aimerais donner cette possibilité à de jeunes ou moins jeunes écrivains et poètes de langue française de communiquer leurs émotions à une plus large population, sans complexe et pour le plaisir. Il n’y a pas de convention à respecter, chacun s’exprime comme il le sait, comme il le fait.

Quelles sont les conditions de participation à ce concours et quels sont les critères de choix des candidats (Entre autres, limite d’âge, niveau de scolarisation… ?

Les critères et les dates du concours ne sont pas encore définitivement arrêtés.
Il faudra d’abord que nous nous entendions avec l’éducation nationale. Je tiens à ouvrir le concours à un public le plus large possible, également à de jeunes enfants.
Les récompenses seront attribuées par tranche d’âge.
Il serait difficile de comparer la prose ou les vers d’enfants d’école primaire avec celle d’adultes, et en même temps, il serait dommage d’en négliger à cause de leur âge. Je pense proposer ce concours à tous les niveaux de scolarisation, dès le plus jeune âge.

De quelle manière ce concours contribuera-t-il à promouvoir ces genres littéraires ?

Ces genres littéraires sont souvent le résultat d’une impulsion. Tant le roman est le fruit d’un travail assidu et de longue haleine, la nouvelle et la poésie, elles, se rédigent souvent sur un coup de tête, une idée subite qu’il faut tout de suite mettre sur le papier. C’est à la portée de tout le monde.
Qu’on soit mauvais élève à l’école, vendeur de meubles, défenseur de la nature ou passionné d’économie, chacun à sa propre perception du monde et ses histoires à raconter.
C’est la richesse et la diversité des points de vue qui rendra le concours particulièrement attrayant.
Faire toucher du doigt ces genres à certaines personnes qui n’en ont pas l’habitude peut attiser leur curiosité vers toute cette littérature.
Je compte, par l’intermédiaire de l’éducation nationale, toucher un grand nombre de jeunes gens. Je ne doute pas que certains se sont déjà essayés secrètement à ces genres littéraires, par le biais de correspondances, de blogs, de textes de chanson écrits pour un groupe de musique, de journal intime… Il est également vraisemblable que d’autres n’y aient encore jamais pensé.
Peut être manque-t-il la motivation. Savoir qu’on sera lu peut être un élément déclencheur. Le fait de leur dire: "Faites-le, vous serez lus!" peut leur faire comprendre qu’ils ont eux aussi leur chance, l’occasion de s’exprimer.

 
Qu’en adviendrait-il des œuvres primées ?

Les oeuvres primées seraient bien sur éditées dans un recueil. J’espère pouvoir publier les lauréats dans un journal partenaire, de préférence avec une grande diffusion nationale, mais aussi en France. Dans l’idéal, j’aimerais proposer ces oeuvres à des étudiants des beaux arts qui illustreraient chacun une nouvelle.

Que direz-vous aux candidats potentiels pour les convaincre de postuler pour ce concours ?

Je voudrais leur dire de prendre leur chance.
Il n’y a rien à perdre, au contraire. C’est l’occasion ou jamais d’écrire et d’être lu par de nombreuses personnes. C’est une façon de sortir de l’anonymat ou bien d’y rester, mais de raconter à un grand nombre de personnes leurs histoires. On vous écoute, à vous de prendre la parole! Qui sait se qui peut se produire par la suite ? Inch’Allah !
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Intéresser les jeunes

Interrogé sur la manière de faire aimer les lettres aux jeunes, Lucas Dymny a avoué ne pas posséder de recette miracle. Il part cependant du constat que souvent, un blocage se produit avec la littérature: à l’école. On n’aime pas Balzac, par exemple, ou Victor Hugo ennuie. Beaucoup de jeunes restent sur cet a priori de la littérature et se ferment hermétiquement à tout cela. « Je pense que de les rendre "acteurs-auteurs" peut les faire sortir de leur coquilles. On ne parle pas de ce que quelqu’un a écrit il y a cent ans, mais de ce qui m’arrive à moi, ce qui me parle, ce que je ressens.
Et le mieux, c’est que cela puisse aussi être de la littérature!», suggère-t-il.
 
Propos recueillis par Kenza Alaoui
 
 

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