Grande affluence au Salon du cheval. A la quête d’un patrimoine bien ancré dans notre identité de Marocains

A peine entré dans la petite ville d’El Jadida, on est frappé d’emblée par le changement qui a touché ses principales artères. Des lampadaires design ont remplacé les anciens, des palmiers ont poussé dans un temps record, les trottoirs rayonnent avec leurs nouvelles peintures rouge et blanche et des plantes semées par ci et par là forment de magnifiques jardins qui accueillent le visiteur dans un décor majestueux.
Ici, rien n’est fait par hasard et si la ville d’El Jadida profite d’une attention exceptionnelle ces jours-ci, c’est parce qu’elle a abrité la première édition du Salon du cheval clôturé le 26 octobre dernier. Première édition mais aussi premier festival de l’ancienne Mazagan, un évènement qui fera sans doute bouger les choses dans cette ville qui a longtemps souffert d’une léthargie culturelle sans pareil. Samedi 25 octobre, on est à un jour avant la fin des festivités.

Le salon connaît une grande affluence en cet après-midi. De longues files de voitures bloquent les boulevards menant à l’hippodrome Lalla Malika tandis qu’une marrée humaine submerge les chaussées du même hippodrome longtemps marginalisé. Pour cette occasion spéciale, il est de nouveau sous les feux de la rampe. A son entrée, des groupes importants de visiteurs se succèdent. Venus seuls, entre amis ou en famille, des jeunes et des moins jeunes sont tous là pour voir le cheval dans tous ses états. En effet, le salon a pour mission principale de mettre en scène le cheval et tout ce qui y a trait. Ainsi, il propose différents espaces, chacun abordant un domaine précis, le tout dans un concept architectural unique inspiré du monde du cheval avec boxes, podiums, paddocks, obstacles…

Le premier espace que nous visitons est celui des expositions. A l’intérieur, des dizaines de stands accueillent les différents spécialistes du cheval. Des propriétaires de haras venus des quatre coins du Maroc aux institutionnels en passant par les artistes, les vétérinaires et les chercheurs de la culture populaire…tous sont là pour présenter leur savoir-faire et le partager avec des milliers de visiteurs assoiffés de découvrir les secrets de ce cheval qui fait la fierté et la passion de tout Marocain. Une effervescence particulière règne du côté des stands de la Gendarmerie Royale et de la Garde Royale. Ici, les gens découvrent la face cachée de ceux qu’ils croisent au quotidien dans les rues. «Nous n’avons pas souvent l’occasion d’être en contact avec ces «officiels». Ici, on pourra leur parler, avoir des informations sur leur métier et leurs rôles», nous explique un père de famille de Casablanca.

Et au responsable du stand de la Gendarmerie Royale d’ajouter : «Tous les gens connaissent la Gendarmerie Royale mais rares sont ceux qui savent que nous utilisons le cheval dans certaines de nos brigades. Raison pour laquelle, ils montrent un grand intérêt à la cavalerie, sa mission ainsi que les costumes et le matériel utilisé. Certains demandent même des informations sur la formation et les conditions d’accès à la cavalerie. Je pense que cet évènement a des avantages non seulement pour le cheval mais aussi sur nous». Du côté des haras représentant Rabat, Benslimane, Salé et autres, les questions concernent les prix des chevaux, leurs conditions d’élevage, les adresses…On y rencontre des éleveurs, des entraîneurs, des jockeys.

Virginie Bartholomew de Jalobey Stud nous déclare: «A notre grande surprise, le salon a attiré beaucoup de gens, ce qui a été très positif pour nous. Les gens viennent de tous horizons. Nous avons reçu les professionnels du domaine du cheval ainsi que d’autres personnes qui le découvrent pour la première fois et qui demandent des informations sur l’élevage et l’entraînement. C’est donc une occasion pour nous de tisser les contacts avec l’autre et de drainer les bonnes affaires». Parmi les exposants du Salon du cheval, les différentes régions du Maroc qui représentent chacune ses spécificités et surtout ses richesses propres au cheval. La région hôte, Doukkala-Abda, est la star du show. Décorée avec des statues de cheval en galop, d’étalons en action dans la Tbourida et de belles serges brodées en fils dorés, le stand exhibe hardiment ses fiertés. «C’est un honneur, une valorisation pour la région d’accueillir ce salon. Le cheval fait partie de notre passé, de notre présent et demeurera présent de notre avenir. C’est donc normal de lui rendre hommage dans ce salon», nous explique Touria Zouaoui, responsable du bureau d’animation au niveau de la direction provinciale d’agriculture de Safi.

Loin des stands, ce sont les boxes qui sont le plus fréquentés en cette journée. Enfants et adultes se bousculent pour approcher le protagoniste de cette épopée. On regarde, on touche, on établit le premier contact avec le cheval. Intimidés au départ, les plus petits osent de plus en plus en prenant des photos de leur héros, en posant à ses côtés et en essayant de lui faire des câlins à travers le grillage.
Alors que nous nous faufilons entre les dizaines de boxes, un magnifique étalon pur sang anglais attire notre attention, il s’appelle «Mon Ali» et vient de Bir Jdid.

Nous assistons à sa toilette quotidienne et c’est Halouis, son palefrenier qui s’en occupe. Il nous raconte : «Je suis «Mon Ali» partout où il va même quand il participe dans des compétitions internationales. Je m’occupe de son pansage mais aussi de son entraînement et de sa nourriture.» Après cet exposé sentimental sur la relation entre l’homme et le cheval, nous quittons l’espace des expositions pour le pôle Tbourida. Il est 17h.

Des centaines de visiteurs se sont déjà réunis autour de la «Harka» (la grande place réservée aux numéros de Tbourida) et attendent impatiemment le début du spectacle. Initialement prévu pour 15h00, il n’a pas encore été lancé. En fait, il ne faut pas suivre le programme préétabli par les organisateurs, l’improvisation est de rigueur. Pendant ces longues minutes d’attente sous les rayons chauds du soleil couchant, un des cavaliers de la troupe d’art équestre portugais fait son entrée sur scène. Habillé d’un costume traditionnel, il offre aux spectateurs un tableau unique où le cheval et l’homme ne font qu’un. Le cheval, beau et élégant, démontre son énergie et son équilibre.

Tous les deux exécutent à la perfection des numéros d’exception. Le show se «marocanise» avec les spécialistes de la fauconnerie venus tout droit de la région des Kouacem. Ces derniers prouvent devant ces milliers de regards que l’homme est capable de devenir maître de la nature. Grâce à leur diligence, ils maîtrisent le mouvement du faucon sur le lieu.
Ces braves hommes cèdent ensuite la place aux cavaliers de la fantasia. Tant attendus par le public, ils sont reçus avec des youyous et des applaudissements. Imposants par leurs postures, majestueux par leurs costumes, ils offrent des moments forts en émotion aux spectateurs dont d’aucuns sont nostalgiques à la tradition et d’autres à la quête d’un patrimoine bien ancré dans notre identité de Marocains.

A côté de la Tbourida et de notre art équestre national, les visiteurs du salon d’El Jadida ont eu droit également à un spectacle international où ils ont vus se produire une équipe d’équitation Western, la troupe d’art équestre portugais, des voltigeurs ainsi que des spécialistes de la fantaisie équestre orientale et carrousel berbère sans oublier la fameuse prestation de la troupe de Zaouiet Cheikh où le cheval, hanté par l’esprit marocain, vibre sur les rythmes de notre musique traditionnelle. Les férus de technologie et d’image ont eu droit à tout un espace pour eux : le pôle Découverte, un espace qui allie les moyens de communication modernes et approche ludique. Ils ont pu suivre des films équestres dans la cinémathèque et joué à des consoles dans l’espace multimédia.

Lorenzo, la vedette du salon

Pour sa première édition, le Salon du cheval d’El Jadida a eu pour chance d’accueillir la troupe de Lorenzo. Seul dans l’arène, il fait bouger, danser et sauter une douzaine de chevaux. Et avec, c’est toute l’audience qui réagit. Cavalier depuis l’âge de douze ans, il est de plus en plus populaire à travers le monde.

Que ce soit pour son équitation, ses compétences ou pour sa bonne apparence, les foules l’acclament. Sa popularité lui a permis de se produire dans de nombreux lieux notamment les championnats du monde de sauts d’obstacles du Canada, au Sultanat d’Oman, de Jordanie… Au Maroc, il a réussi à donner une bonne impression chez tous les visiteurs du salon et a fait rêver plus d’un.

Par Khadija SMIRI

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