«Casa Negra» ou le côté obscur de Casablanca

· Le tournage du film vient de s’achever

· Un budget de 13 millions de DH

«CASA Negra», le deuxième long métrage du réalisateur Noureddine Lakhmari, sort bientôt en salle. L’avant-première mondiale sera projetée probablement dans le cadre du festival du Film de Marrakech, prévu du 14 au 22 novembre.
Le film raconte l’histoire de deux jeunes, Karim et Adil, qui débarquent à Casablanca pour essayer d’y survivre. De petits boulots en petits larcins, ils tentent de se faire une place dans un univers dur, violent et impitoyable. Le tournage a duré 9 semaines. Chaque soir, l’équipe du film allait tourner au boulevard Mohammed V et dans les environs. «C’est cette partie de la ville, avec ses beaux immeubles Art déco, que j’apprécie particulièrement. A travers mon film, je lance un appel au secours pour que les autorités prennent davantage soin de ce patrimoine inestimable. Mon souhait est que les vieux immeubles Art déco, de véritables chefs-d’œuvre des années 30/40, soient entretenus, rénovés, préservés et valorisés», indique le réalisateur.
Karim emploie des enfants vendeurs de cigarettes au détail, mais rêve de réussite et de respect. Adil a trouvé la solution miracle à tous ses problèmes: «acheter» un visa et un contrat de travail pour émigrer en Suède, dont il rêve à travers une carte postale. Casa Negra est ainsi le théâtre de leurs dilemmes et de leurs défis, avec, en arrière-plan, une belle histoire d’amitié. Dans cette histoire émouvante et réaliste, nos deux héros ont dans leur cœur de la place pour l’amour et la poésie. Dans cette jungle urbaine qu’est Casablanca, le réalisateur transmet donc un message d’espoir et d’optimisme. Il montre que même dans les conditions les plus dures, c’est toujours l’amitié et l’amour qui finissent par l’emporter.
Presque tous les acteurs choisis dans ce film font dans ce film leurs premiers pas. «Nous avons effectué un casting sauvage et je suis très heureux d’avoir pu dénicher des comédiens extraordinaires et très touchants», assure Noureddine Lakhmari.
A noter que le budget du film atteint les 13 millions de DH. Le financement a été apporté à hauteur de 2,4 millions par le Centre cinématographique marocain. L’agence Sigma Technologies et 2M, entre autres, ont coproduit le film.
Ce dernier va être distribué un peu partout dans les salles de cinéma au Maroc. Plusieurs distributeurs scandinaves ont également donné leur accord pour le projeter en salle (Norvège, Finlande, Danemark, Suède et Islande). Un distributeur italien est également emballé. Pour la France, rien n’est encore décidé.




«La ville est négligée et oubliée»

Noureddine Lakhmari, cinéaste

Après avoir tourné plusieurs courts métrages en Norvège où il a résidé pendant 22 ans, le cinéaste Noureddine Lakhmari revient vivre à Casablanca. Il a réalisé un premier long métrage au succès mitigé, «Regards», puis plusieurs épisodes d’une série policière télévisée, «Al Kadia». Son deuxième et tout récent long métrage, «Casa Negra», noir et violent, suscite déjà des débats. Il explique que ce film reflète sa vision de Casablanca, une ville qui, selon lui, est laissée-pour-compte…

– L’Economiste: Pourquoi avez-vous tourné votre dernier long métrage «Casa Negra» à Casablanca et pourquoi cette violence?

– Noureddine Lakhmari: C’est un film sur le Maroc d’aujourd’hui, que je découvre après 22 ans passés à l’étranger. Je porte un regard neuf sur Casablanca qui, pour moi, représente le coeur du Maroc. Je trouve que cette-ville est négligée, oubliée, livrée à elle-même. Les immeubles Art déco au centre ville se détériorent chaque jour un peu plus et rien n’est fait pour les préserver. Les Marocains sont seulement occupés à consommer toujours plus. Les plus nantis construisent des villas et des méga-immeubles dans une totale anarchie architecturale et urbanistique, avec des façades laides et médiocres, sans aucun design et sans âme. Chacun pense à son intérêt particulier. La notion d’intérêt général est pratiquement inexistante.
Le centre-ville, où sont concentrés les immeubles Art déco des années 30 et 40, est oublié, dangereux la nuit, mal éclairé… C’est triste et décevant!

– Toutes vos séances de tournage se sont déroulées le soir. Les scènes tournées reflètent-elles la réalité casablancaise?

– Même si certaines scènes sont noires, elles sont très soft par rapport à ce que nous avons pu voir dans les rues. La réalité est plus dure que ce que nous avons choisi de montrer dans Casa Negra. L’agressivité dans la société marocaine est permanente. Quand elle n’est pas physique, elle est morale. Les gens acceptent rarement de se remettre en question, et extériorisent souvent de manière violente leurs tensions.

– Votre vision du Maroc est-elle donc à ce point pessimiste?

– Non, je ne suis pas pessimiste. Je ne ferais pas de cinéma, si j’avais perdu tout espoir. D’ailleurs, mon histoire a une morale, c’est que même dans les conditions les plus dures, l’amitié et l’amour l’emportent toujours. J’aime mon pays et c’est pour cette raison que je suis revenu y vivre. Mon rêve est de continuer à travailler pour mon pays. A travers mes films, j’ai envie de faire passer des messages forts, de provoquer de vrais débats, afin de contribuer à faire bouger les choses.

– En plus de «Casa Negra», vous continuez à tourner des épisodes d’«Al Kadia», une série policière un peu à l’américaine, conçue pour la télé. Quel est l’objectif?

– Avec El Kadia, je cherche avant tout à séduire les téléspectateurs, afin de transmettre des messages. Mon message essentiel est que la femme peut faire aussi bien que les hommes, à tous les niveaux, même dans la police. Justement, je montre les images d’une police courageuse, fière, indépendante et incorruptible, avec des super-héros. Il est vrai que la police nationale ne ressemble en rien à celle de la série. Mais le cinéma est aussi fait pour offrir du rêve et du divertissement.
Par ailleurs, j’ai essayé de produire des scénarios et des images d’un bon niveau, avec comme référence, la série américaine «Les experts». De toute façon, le public marocain est plus exigeant que ce que l’on croit. Si nous ne lui donnons pas de la qualité, il va voir ailleurs. Et il a le choix, entre les multiples chaînes satellitaires et la profusion de DVD disponibles.




Parcours

NOUREDDINE Lakhmari (44 ans) est né à Safi. Au début des années 80, il entame des études de pharmacie, qu’il abandonne rapidement pour se consacrer à sa passion: le cinéma. Il suit des cours par correspondance à Paris, avant de partir vivre en Norvège. Là-bas, il tourne plusieurs courts métrages. Depuis peu, il est retourné au Maroc et enchaîne les projets. Après un premier long métrage, «Le regard», accueilli plus ou moins bien par la critique, il a tourné quatre épisodes d’une série policière «Al Kadia». Aujourd’hui, il fonde beaucoup d’espoir sur «Casa Negra».

Nadia BELKHAYAT

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