Escale à Safi (MAROC)

 Ce matin tout est calme à bord. Nous nous offrons une grasse matinée : levé 8H00.

Il faut dire que notre réveil matin (Teiva) est réglé grosso modo à 7H00. C’est la faim qui le sort du lit et le fait appeler sa mère suivant tout un cérémonial intangible dans lequel je n’ai pas droit d’intervenir.  
Nous sommes au mouillage face à la plage de SAFI ce matin tout est paisible.

 Notre arrivée hier soir, vers 22H00, clôturait une fin de journée quelques peu venteuse…

  En fait, nous avons détourné notre route vers le port de SAFI au Maroc, pour nous mettre à l’abri d’un bon coup de vent annoncé sur notre système de prévision météo embarqué.

  Ainsi nous avions un bon vent de 30 nœuds dans le cul avec une très grosse houle (typiquement celle qui vient d’une tempête dans les latitudes nord – Islande – qui n’a rien de dangereux en somme, si ce n’est la vision de la profondeur des creux de 5 mètres, mais avec une amplitude de 10 à 18 secondes).

Bref une vision un peu « apocalyptique » pour l‘âme sensible de ma Do.

Pourtant notre bateau qui surfait allègrement à plus de 8 nœuds, avec le seul petit solent à l’avant, étalait parfaitement sans le moindre roulis.

Tout était calme à bord ; c’est le grand avantage du catamaran lourd.

Sauf ma Do qui était un peu anxieuse. J’essayais de faire chanter l’équipage, mais l’anxiété de Do se reportait sur son petit mousse. C’était flagrant.

  C’est dans ces conditions, alors que je faisais une nouvelle requête météo sur ma BLU (pour rassurer l’équipage) que nous avons pu prendre connaissance d’un e-mail de Daniel ALBERTI toujours plein d’esprit. Sa prose rigolote et ses nouvelles ont bien apporté l’effet escompté et détendu l’atmosphère …

C’est ça la communication et l’amitié.

  Nous sommes donc à SAFI (par accident), car nous pensions faire l’unique escale marocaine à Essaouira (ex MOGADOR) avant de tirer direct sur LANZAROTE aux Canaries.

SAFI est le 1er port de pêche du Maroc. Il n’y a pas de marina et les rares voiliers de passage sont intercalés le long d’un quai du port de commerce (pas du tout prévu pour la plaisance) entre un remorqueur de 1000 CV et un gros chalutier école, le tout avec des marnages de 5 mètres (en ce moment période de gros coefficients).

Vous imaginez les épreuves de Casimodo pour débarquer notre Teiva et autres vélos quand le pont du bateau se trouve face à un mur de plus de 2 étages à marée basse !

Mais ce n’est sûrement pas si peu de chose qui nous aurait fait partir.

  Puis dans les minutes qui suivent notre accostage, nous découvrons ce que certains guides de voileux appellent « l’épreuve » des formalités du Maroc. Ce qui les incitent tout bonnement à éviter le Maroc.

  Certes, nous avons vu passer 5 Administrations différentes dans la matinée.

Il s’avère qu’ils montent à bord en grande tenue, sont charmants, très polis et coupent les cheveux en quatre pour se donner une contenance. Il suffit de jouer leur jeu ; ce n’est pas compliqué ; après tout nous sommes en vacances et notre temps n’est pas compté.

Puis en quittant le bord, non sans mal, (certain n’ont pas appris à gravir une échelle verticale et humide) ils nous souhaitent chaleureusement la bienvenue.

Conclusion pour ceux qui classent cette affaire en « épreuve » : il suffit de ne pas avoir le feu au c.. et attendre patiemment la fin du défilé pour descendre à terre.

  J’ai même été conduit devant le Commandant de la Capitainerie qui désirait « me saluer ». J’en étais très fier en montant les escaliers quatre à quatre… jusqu’au moment où j’ai du déchanter : c’était un sermon qui m’attendait.

  Sermon courtois. Mais sermon quand même.

Je m’explique.

  La veille, dans le coup de vent précité nous avions modifié notre programme et décidé d’aller sur SAFI nous mettre à l’abri. Mais cela nécessitait une arrivée vers 22H00.

Forts de nos intentions de ne jamais atterrir dans un port inconnu de nuit, il a bien fallu se rendre à l’évidence : c’était Safi ou poursuivre l’angoisse de ma Do toute la nuit en mer ! Nous avions une cartographie très détaillée du port ainsi que les documents nautiques had hoc (c’est fini la navigation sur la carte Michelin) et sans compter sur notre ami le radar que nous commençons à bien maîtriser.

Donc, ce sera un atterrissage sur Safi – de nuit – décidera unanimement l’équipage.

  Au moment de passer sous la jetée d’entrée du port, pile dans l’alignement des feux appris par coeur dans les Instructions Nautiques, je constate qu’en face de nous, c’est la plage de Safi et que le coin est complètement à l’abri du coup de vent.

Ni une ni deux les pros du mouillage que nous sommes : au poste de combat et plouf l’ancre tombe dans l’eau noire à 150 mètres de la plage.

  Fatigués de nos émotions, inutile de vous dire que l’équipage est allé se glisser dans les couettes après une bonne douche chaude.

Et le Capitaine pour assurer le coup, éteint la VHF. Un silence reposant s’installe à bord.

  Dans la nuit nous avions bien vaguement entendu des voix mais mon œil aguerri pour la surveillance des amers n’a pas eu a s’ouvrir au-delà de la moitié pour constater : tout va bien on ne dérape pas, donc dormons.

  Après m’avoir gentiment demandé de m’asseoir, le Commandant de la Capitainerie m’apprends donc qu’ils ont essayé par tous les moyens radio de nous joindre, ils ont même envoyé la pilotine ; voyant que personne ne répondait ils ont cru que nous étions à terre !

Et le Commandant de rajouter : il y avait un cargo qui rentrait au port et il a failli vous toucher (nous étions un peu dans le passage).

  Il faut dire que notre cabotage espagnol ne nous a pas appris à être bavard avec les marinas puisque nous ne faisions que des mouillages sauvages.

De plus vous aviez tous bien notés précédemment (à Gibraltar par exemple) que ma Do n’était pas du genre à se précipiter sur la VHF pour « chtacher » avec les capitaineries.

C’est un peu ce que j’ai expliqué maladroitement au Commandant, en me jurant que l’on ne m’y reprendra plus.

En bonne et due forme (comme dans l’Armée) le sermon a été répercuté aux subalternes d’Araka Nui de façon que ça ne se reproduise pas.

  A présent, tout est clair : nos 3 passeports sont au Commissariat (on nous fourni un laisser passer format timbre poste en échange), l’acte de francisation est à la Capitainerie (on nous laisse une photocopie). Au moins si on veut se sauver ça sera sans nos documents…

D’ailleurs pourquoi nous sauverions nous ?

  Après toutes les formalités d’enregistrement un petit bout de bonhomme marocain me propose ses services. Quelques heures avant l’adjoint de la capitainerie m’avait précisé qu’il travaillait en collaboration avec la capitainerie du port pour les yachts de passage et que je pouvais lui faire confiance.

  Justement, nous devons faire le plein de vivres frais et « Abdul » se propose de nous y accompagner à pied. Je précise juste que je ne veux pas de super marché.

  Petit sac à dos, le Teiva dans les bras de sa mère pour commencer et go.

Où ? On ne demande même pas.

Nous passons la porte « Bab el Jdid » et entrons dans la vieille Médina de Safi.

A ne pas confondre avec le souk.

Vlan, le choc en pleine figure et à plein nez pour ma Do. Nous parcourons la rue principale, puis des ruelles adjacentes, puis on coupe à l’équerre et puis on revient sur nos pas… ah non, je croyais… bref je suis perdu. Il suffit de ne pas lâcher notre guide d’une semelle.

Toutes les échoppes sont propres, les gens que nous croisons sont courtois et nous saluent gentiment. On voit que les touristes ne sont pas coutumiers des lieux.

Très vite je me sens comme chez moi dans cette vieille Médina…

  Puis, notre guide Abdu nous fait courir hors de la Médina et nous parcourons le souk toujours à la recherche de fruits. Je ne fais pas le malin à lui demander pourquoi il ne nous en a pas fait acheter aux précédents étals, on en a croisé déjà au moins dix… Je suis le mouvement et je me tais…

J’ai comme l’impression que les étals de la Médina étaient nettement plus propres et accueillant. Bref ne soyons pas contrariant. Suivons le guide.

Il m’explique bien une histoire de « bakchich » mais je n’ai rien compris malgré mon acquiescement. Vogue la galère, on verra bien.

Teiva est toujours dans les bras de sa mère. Je m’en fiche c’est pas moi qui porte !

  Nous arrivons en effet à un grand carrefour complètement encombré de charrette à bras ; elles sont couvertes de fruits en tout genre.

Nous faisons le plein une fois qu’Abdul ai demandé à chaque marchand le prix du kilo bien à l’écart de nous. Il parait que les marchands doublent le prix pour les étrangers.

Je trouve que c’est une bien grande mise en scène pour quelques Dirhams de plus…

De toute manière c’est 10 fois moins cher que dans nos beaux hyper marchés.

Mais au moins ma Do est heureuse : elle rempli mon sac à dos à raz bord et son porte monnaie de désempli pas…

  Juste au moment où le dernier marchant me rend la monnaie sur mes 500 grammes de dattes, nous entendons des cris et un vent de panique s’installe chez les porteurs de charrettes qui se mettent à détaler dans tous les sens. Ils crient, s’engueulent, ça ne va pas assez vite, se poussent. Et vlan les charrettes à deux roues, si on les lâche sans les caler, tout le contenu s’épand sur la chaussée. C’est ce qui se passa pour notre marchand de dattes. Bien sûr dattes et autres oranges sont piétinées.

D’ailleurs, à quelques secondes près, mes dattes m’auraient coûté 50 Dirhams au lieu de 10, car le brave homme n’aurait pas eu le temps de me rendre la monnaie, tellement ce vent de panique leur faisait perdre la raison.

  En fait, c’est tout simplement 2 flics qui descendent la rue vers ledit carrefour pour les chasser et confisquer la charrette qu’ils arrivent à intercepter. Abdu m’explique que si ce jour là tous les marchands n’ont pas donné assez de bakchich, les flics passent par ledit carrefour et sèment la zizanie

Par contre, cette bonne trentaine de charrettes va se cacher dans les rues adjacentes, mais là les flics ne les suivent pas !

Ce qui est extraordinaire c’est que tous les soirs de l’année c’est ainsi… et tout Safi vient acheter ses fruits à ce carrefour du souk vers cette heure là (lorsque les flics ont fermés boutique me précise Abdu)…

  Il faut que je vous décrive le souk. C’est un monde différent.

C’est la ville mais en vraiment cra- cra.

Même moi, le marrakchis, j’ai quelques hauts le cœur.

J’avais oublié depuis 35 ans que les odeurs étaient si fortes.

Pour Do (elle ne me le dira que le soir à bord) c’était pas seulement les odeurs mais TOUT qui la mettait mal à l’aise. Il est vrai que si le souk paraît aux premiers abords plus modernes de par ces grandes rues et ses petits immeubles années cinquante en réalité nous sommes au moyen âge.

Il faut dire que pour une acclimatation nous avons choisi le plus hard d’entrée de jeu.

Je n’ai pas vraiment de mots pour décrire les odeurs dans certaines ruelles très sombres. Mon passé de vigneron m’a appris à différencier les arômes.

Voici l’analyse organoleptique : Grosso modo c’est un mélange subtil de bouse d’âne, de curcuma et de poisson très-très pourri. De temps en temps une effluve de sardines grillées s’ajoute au premier mélange si ce n’est le parfum des brochettes qui profite d’un petit courant d’ait pour ajouter une couche à la complexité aromatique du moment.

D’ailleurs Teiva quand il renifle ce délicieux mélange il s’exclame à chaque fois :

« Pouha, ça pue ! ». C’est vous dire !

Puis on s’y fait, on ne les sent presque plus ces odeurs passagères suivant le lieu.

Autre chose qui gêne beaucoup ma Do : s’est l’analyse visuelle du sol. Détritus en tout genre garantis (il faut bien que ces odeurs prennent leurs sources quelques part) mais surtout crachas en tous genres…

J’arrêterai là ma description, car vous allez croire que j’en rajoute voire que nous ne nous y plaisons pas.

  Nous retraversons la vieille Médina (qui somme toute est bien plus propre que les rues que nous venons de parcourir) et nous installons pour y boire un thé à la menthe.

Un moment notre « guide » s’excusa pour suivre un groupe de cinq hommes français (type mecs qui viennent faire du business en se donnant une apparence décontractée).

Nous l’avons attendu, sous un rayon de soleil, à parler avec notre entourage et à offrir aux enfants qui passaient un morceau de « m’selmemm » (genre de kouin-a niam breton, mais à l’huile).

  Dans la Médina, la présence des habitants qui nous croisent est apaisante. Ils ont tous un regard ou un mot agréable à notre égard. Aucune mendicité, que de la gentillesse.

  A son retour Abdu m’explique que ces types cherchent à acheter une grande maison.

Notre Abdu dans son souci de service s’exécute dans cette démarche au même titre que lorsqu’il propose ses services aux voileux de passage pour trouver une recharge de gaz ou comme pour nous-même, faire de l’approvisionnement ou une visite guidée. Ce qui est injuste c’est qu’il perçoit à peine plus d’argent pour une opération de mise en relation pour l’acquisition d’un bien que lorsqu’il offre ses services aux voileux : une poignée de Dirhams…

  Nous rentrons à bord exténués. Il faut dire que si la Médina est à la porte du port, notre bateau est à 1 km de la dite porte…

  Chacun sait que le vendredi est, entre autre, le jour du couscous pour tout marocain qui se respecte.

Il s’avère que notre Abdul nous a demandé la veille, si nous voulions le couscous.

Moi (lorsque je suis en pays inconnu) je ne dis jamais non, même si je n’ai pas compris !!

Nous avions très vite sympathisé et lorsqu’il proposa de nous organiser un couscous chez une femme qui le fait très bien…bien sûr nous avons accepté.

  Nous voilà donc dans ce petit 3 pièces de la vieille médina où nous découvrons que c’est « sa maison » et bien sûr c’est « sa femme » qui fait le couscous.

Nous sommes très honorés de cette invitation chez l’habitant.

  A l’heure où j’écris ces lignes (il est 1H30 du matin) justement le gros remorqueur qui est devant notre étrave, vient de démarrer ses 1000 chevaux (c’est impressionnant, j’ai l’impression d’être dans sa salle des machines). Je monte illico sur le pont reprendre mes aussières et surveiller que mon petit bateau n’aille pas se faire pousser comme une mouche lorsque le gros balèze embrayera en marche avant…

Quitte à attendre, le temps qu’il revienne à quai, autant « passer le temps » intelligemment à transcrire les évènements de ces derniers jours…

  Notre hôte nous installe dans leur petit salon et s’esquive, nous laissant seul comme au restau.

  Je l’appelle et lui dit que je voudrai manger avec toute la famille…

C’était beaucoup leur demander. Nous avions bien compris que cela les gênait de s’attabler avec nous. En insistant, nous n’avons eu droit qu’à la présence d’Abdul à notre table basse.

  Le couscous est un des meilleurs que je n’ai mangé jusqu’à ce jour.

  Sa femme Samira, sa fille Rabab de 20 ans et son jeune fils Salah de 15 ans mangeant debout dans la petite cuisine exigue.

Ils nous ont tous rejoint pour la cérémonie du thé à la menthe.

   Le problème étant que le plat à couscous étant au milieu de la table devant les 3 adultes, chacun piochant devant soi, j’avais du mal à cacher que plus du quart du plat devant moi été nettoyé.

   Nous avons aussi beaucoup parlé. Sa femme et sa fille parlent très bien le français.

D’ailleurs, Samira « fait des heures sup » en recevant chez elle, des enfants du primaire, pour les aider à faire leurs devoirs du soir et leur apprend le français.

Rabab, quand à elle fait des études de gestion d’entreprise. Elle m’apprend que dans sa classe, en cours d’informatique, il y a seulement 3 ordinateurs pour 30 élèves… mais après les cours, le professeur demande aux élèves de refaire les manipulations, chez elles, sur leur ordinateur.

Seule Rabab n’a pas d’ordinateur !

Elle est aussi la seule de la classe à habiter la vieille médina.

Toutes les autres élèves, de familles plus aisées, habitent le quartier riche de Safi sur les falaises du Cap qui domine la ville. Dans le quartier habité par le Gouverneur et où se trouve un hôtel 5 étoiles…

   Cette conversation s’est établie avec des gens très simples qui ne nous ont donné l’impression à aucun moment de se plaindre et encore moins de solliciter quoi que ce soit.

   Après ce couscous monumental, nous avions prévu d’aller dans les souks pour trouver une poussette d’occasion pas chère pour notre Teiva. En effet, notre artiste ne voulait plus marcher d’un caramel. Déjà il y a 1 km dans le port pour atteindre la sortie, puis dans la médina dans le dédalle de ruelles l’artiste, refusait tout bonnement de marcher.

Nous nous cassions le dos à le porter.

   Puis je devais trouver des chambres à air pour les gros pneus de mon vélo et acheter une carte téléphonique. Dans cette médina on trouve de tout.

   Pour faire ces courses et suivre Abdu qui a le pas alerte, nous avons laissé Do et le petit avec Samira et nous avons arpenté la médina en toute liberté.

   J’avais encore la conversation avec cette famille à l’esprit et il m’est venu une idée.

Il était convenu au départ que je payerai « la femme » pour le couscous, lorsque nous l’avions programmé avec Abdu. Préférant un couscous chez l’habitant plutôt que d’aller au restaurant.

Or, dans le plan qui nous avait été offert, c’était une invitation. Cela nécessitait compensation.

Aussi, je propose à Abdu de ne pas donner d’argent à sa femme pour le couscous, mais donner de l’argent à sa fille « pour l’ordinateur » !

   Au fil de nos déambulations dans nos grandes conversations en nous arrêtant pour échanger face à face le tout avec des gestes qui conviennent, je finissais par ressentir cette profonde sympathie naître.

   Dans les rues spécialisées aux matériels d’occasion de toutes sortes étalés à même les trottoirs voire au milieu de la rue, j’ai parlé longuement avec Bouchaïb sur le fait que cette prestation qu’il faisait en tant que négociateur : il se faisait exploiter.

   Ah oui, mon ami vient de m’avouer qu’Abdu c’est un nom d’emprunt qu’il a choisi pour les voileux qui estropiaient son vrai prénom (du style Busch ou autre…).

Je lui dis que pour moi il sera Bouchaïb.

   Nous poursuivons notre conversation, toujours accompagnés de grands gestes, moi le suivant de près vers l’autre quartier des commerces de pièces motos et vélos.

Nous étions seuls au monde pris dans nos histoires.

Il en profita pour évoquer le cas d’une française qui au moment de l’acquisition avait contracté directement avec le propriétaire, shuntant complètement le pauvre bougre de la poignée de Dirhams qu’il était en droit de gagner.

Bouchaïb, qui a un peu de répondant quand même a fini par aller lui rendre visite lorsqu’elle fût installée. L’autre très gênée lui offrit royalement 1500 Dirhams (150 €) …

Au fil des conseils que je lui promulgue depuis plus d’une heure dans la rue, je lui indique que cela avait été mon métier.

   Puis, une autre idée me vient et je lui présente ainsi :

« Bouchaïb, toi tu connais beaucoup de personnes qui vendent des maisons, ta fille fait des études de gestion, ta femme est intelligente : si vous aviez maintenant un ordinateur, une connection internet à la maison et un appareil photo numérique vous allez pouvoir faire ce métier et gagner l’argent que vous méritez pour ce travail ».

« Donc je vais vous aider pour acheter demain cet ordinateur ».

   Le remorqueur vient de rentrer, je vais me coucher. Demain la suite.

   De retour de notre virée, je rejoins ma Do qui était resté avec Samira. Elle commençait à trouver le temps long, voire à se demander ce qu’elle foutait là.

Malgré tout, je reprends à zéro toute la conversation que j’ai eu avec Bouchaïb dans la rue, mais cette fois devant la famille ABOUSSIF au complet, puisque le fils aîné Zacharïa (22 ans, à école de la Marine pour faire la pêche) nous avais rejoint.

Du même coup, ma Do prend connaissance, en même tant que la famille, des largesses que j’offrais à ces gens inconnus de nous, quelques heures auparavant.

   Je savais très bien que « diplomatiquement parlant » ma Do apprécierait encore moins cette façon de se faire mettre au pied du mur, que le montant du cadeau !

Mon offre est exposée très clairement à tous mes interlocuteurs.

Parfois les situations t’obligent à faire des impasses. Pour l’heure s’en était une, car je connais ma trésorière payeuse…Inch’Allah !

   Globalement un ordinateur de bureau coûte entre 2500 et 3000 Dirhams (300 €).

« Nous allons acheter l’ordinateur, avec Dominique nous le payons cash au vendeur; sur le prix nous vous offrons 1000 Dirhams et le reste vous nous le rendrai quand vous le pourrez » leur dis je (précision étant ici faite, que nous n’avons pas gagné au Loto depuis nos galères espagnoles).

Je n’ai pas entendu le « glups » de ma Do, donc j’ai son aval…

   Le lendemain, Teiva dans sa poussette à 15 €, toute la smala se trouve à arpenter la ville à la recherche d’un marchant d’ordinateur suivant des paramètres précis. Je choisi un HP, le haut de gamme du magasin ( 3,2 Ghz, 1024 de RAM et 80 giga de disque dur pour 3200 Dirhams).

Nous avions convenu un petit numéro avec Samira pour négocier le prix. J’ai commencé par dire que moi, étranger de passage, qui ne connaissait pas ces gens il y a 2 jours, je les aidais à acquérir cet appareil pour leur fille étudiante, et que lui, vendeur, il pouvait faire un geste pour cette famille qui n’a pas les moyens…

Il consent 200 Dirhams d’escompte sur le prix promotionnel.

Au culot Samira lui demande la table d’ordinateur en sus. Il accepte malgré le prix promo qu’il nous avait déjà proposé.

On lui serre la main chaleureusement et lui dit à Lundi après le passage à la banque.

   Le midi, nous attend, un excellent tagine de poisson cuit au four à bois du quartier.

Un grand bonheur du palais.

   Mais cette fois les deux familles sont réunies autour de la même table.

   Avec Bouchaïb, nous avions acheté des petits millefeuilles (dont la famille raffole) chez un pâtissier, situé dans la médina. Des gâteaux dignes d’un grand artisan français.

   J’ai toujours su que la cuisine marocaine était très raffinée.

Ce qui, pour moi, est un signe visible du niveau de culture de ce pays.

   La famille ne sait pas comment nous remercier pour toutes les émotions de la matinée et ne trouve pas les mots en français.

   Une nouvelle fois pendant le cérémonial du thé à la menthe je rappelle les 2 règles déjà formulées à Bouchaïb, et qu’il fallait suivre scrupuleusement s’ils désiraient réussir :

  • être extrêmement droit et honnête dans ce métier (comme dans tout autre),

  • que leur réussite ne leur fasse pas oublier leurs origines modestes et que leur business, s’il rapportait ses fruits, profite à des marocains d’abord.

   Je leur ai surtout précisé que le négociateur possède 2 casquettes et qu’il défend aussi les intérêts du vendeur en l’aidant à définir le juste prix et que par conséquent ils avaient un rôle dans la régulation du marché. Précisions techniques je le concède.

   Je n’ai pas encore précisé que Safi va déménager son port de commerce et programme l’ouverture prochaine d’un nouveau port pour le phosphate à 15 Kms dans le sud.

Du même coup, création d’une marina en lieux et place du port de commerce etc…

J’ai prévu d’aller rencontrer le directeur du port pour avoir des infos précises pour Bouchaïb. Comme je lui ai dis il vaut mieux « parler au bon Dieu qu’à ses saints !

Safi est une des dernières villes côtière du Maroc encore ancrée dans la tradition et peu ouverte au tourisme (ce qui explique l’absence de mendicité dans les rues).

Le roi du Maroc a proclamé le « plan Azur » et des efforts très importants ont déjà été mis en place dans d’autres villes côtières pour s’ouvrir au tourisme.

Il y a un très gros potentiel immobilier à Safi, du fait du passé historique de la ville qui a su conserver son patrimoine. Cette ville plantée sur les falaises offre une vue sur la mer exceptionnelle. Toutes les industries du port doivent être déménagées.

   Lors de nos virées en ville nous sommes passés une fois devant le syndicat UMT, dont je me rappelle la virulence lors de la prise d’Indépendance du Maroc. J’y suis entré, j’ai exposé brièvement mon intervention désintéressée pour cette famille marocaine et leur ai demandé s’ils pouvaient nous donner des indications sur la réglementation et la pratique du métier d’agent immobilier…

J’avais précisé à Bouchaïb que dans la mesure où les ventes étaient enregistrées devant le Tribunal (pas de service type notaire ici) il était recommandé qu’il soit déclaré, lui sa fille ou sa femme.

La personne très touchée de mon action nous a envoyé vers une adresse : « bureau de l’investissement » qui répondra complètement à notre demande.

Nous nous y présenterons mardi aprèm avec Samira et sa fille Rabab.

   Hier soir, en rentrant de chez cette famille, chez qui il ne se passe pas un jour sans qu’ils nous reçoivent, j’ai eu une 3ème idée que j’ai exposée à ma Do.

   Nous avons quelques travaux de finition à faire à bord, plutôt que se taper cela au mouillage aux Canaries, ici je suis sûr que je pourrai trouver un bon artisan qui torcherait cela en 8 jours. Le temps qu’il faudra pour que je passe les ficelles du métier à Rabab.

Ma Do y avait déjà pensé sans m’en parler. Nous allons faire comme cela.

   Je n’aurai sûrement guère plus de 8 à 10 jours pour insuffler les grandes lignes de ce métier à Rabab et à son père.

Je compte lui dicter :

– les règles techniques de base : le principe du mandat, le bon de visite, la recherche de bien, les honoraires payés par le vendeur, l’évaluation du bien etc…

– D’autre part, l’organisation bureautique du métier : fiches de biens, fiches de contacts vendeurs, bibliothèque de photos numériques des biens, courrier vendeur avec photos du bien etc…

– ensuite, les grandes lignes commerciales : comment échanger des fichiers par e-mail avec des clients potentiels, recherche d’acheteurs via internet etc…

Pour finir, se rapprocher des agents locaux qui pratiquent déjà afin de définir un code de bonne conduite.

   Je saurai dans la semaine comment cette profession est organisée ainsi que celle de marchand de biens.

   J’ai demandé un grand service à mon ami Daniel ALBERTI.

   Nous avons fait 2 affectations de plongeurs démineur ensemble et bien sûr il est destinataire de nos aventures avec sa femme Karine et sa petite Justine que j’embrasse très fort au passage, pour la dure épreuve qu’ils traversent en ce moment. Nous souhaitons un rapide rétablissement à Karine et espérons les recevoir bientôt.

Il s’avère que Daniel a déjà été mon parrain quand j’ai demandé ma carte professionnelle à l’agence du briançonnais puisqu’il pratiquait l’immobilier depuis son départ de la Marine.

   En fait je sollicite encore une fois Daniel, mais pour envoyer cette fois ci, par la poste, des fac-similés de mandats, bon de visite, grille d’honoraires, fiches immeubles, fiche vendeur, fiche acheteur, bref toutes les pièces de notre panoplie, afin que Rabab puisse prendre connaissance de ce qu’il se fait en la matière dans un pays réglementé et en prendre des idées pour établir ses propres modèles.

   Je suis sûr que par la suite, Daniel prendra plaisir à épauler ces personnes dans cette profession naissante.

   Mon action ici tient du fait que si le patrimoine de cette ville passe en partie dans la main d’étrangers, que cela profite aux marocains d’abord à tous les niveaux et pas à quelques pros français qui ont flairés des grosses plus values sur le dos de pauvres gens qui possèdent des biens très prisés et qui n’en connaissent pas la valeur.
Déjà une société saoudienne vient d’acheter tout un quartier pour le raser et y reconstruire un complexe de luxe sur la falaise de la ville, face à l’Atlantique…

  Bien sûr, je vous tiendrai au courant de l’évolution de cette famille avec qui nous garderons le contact au fil de nos pérégrinations.

Et si le cœur vous en dit, voici leur adresse, ils seront très touchés de votre marque de sympathie ou d’encouragement.

Merci d’avance pour eux « choukrane ».

L’adresse de cette famille :

   Bouchaïb et Samira ABOUSSIF

Ancienne Médina

6 Derb el Habs 46000 – SAFI – MAROC

   Aujourd’hui après le gros couscous hebdomadaire chez Bouchaïb nous allons avec sa fille et ma Do au « bureau des investissements ». Nous sommes reçu par le sous-directeur très courtois et compréhensif.

C’est gagné nous avons frappé à la bonne porte.

Il nous explique que son organisation prendra tout en charge pour conseiller, former et subventionner la nouvelle entreprise de cette famille; avec une prime supplémentaire lorsque c’est une femme qui s’installe.

De retour chez Bouchaïb, Conseil de famille où je leur précise que maintenant c’est eux qui prennent leur destinée en main. Je m’efface.

  Après plusieurs jours nous gagnons notre autonomie. Un coup de vélos et nous voilà sur la très belle plage de Safi pour faire dépenser des calories à notre footballeur de fils.

Le midi une petite échoppe restaurant à 3 € le repas, en fin d’après midi un café branché situé sur les falaises face à la mer avec tous les jeux possibles pour les enfants.

Teiva y trouve toujours un tas d’enfants de son âge pour crapahuter dans les filets en tous genres. Bref le temps passe très vite.

Je ne manque pas l’occasion d’aller boire un café avec Bouchaïb dans son café KG.

   Je vous avais dit l’aventure continue.

   Ma Do veut voir autre chose que SAFI avant de rejoindre ventre à terre les Canaries, car nous devons cueillir Paulette le 10 décembre à l’aéroport de Las Palmas.

   de coeur, si je ne profite pas de ce beau pays où je me trouve si bien à l’aise, pour y guider mon amoureuse, alors autant rendre mon tablier.

   Aussi nous allons confier notre bateau à Bouchaïb, louer une voiture et …banzaï vers le Grand Sud : Ouarzazate, les gorges du Dadès, du Todra et ses Kasbahs hors du temps.

   J’ai hâte de retrouver ces berbères qui ont marqués ma jeunesse pour leur sens grandiose de l’hospitalité.

   Ces gens sont très pauvres, ils n’ont rien a partagés et pourtant…

ils partagent avec grand cœur !

   Allez y trouver une morale !

Source ; http://www.arakanui.com

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