Didactique-Action contre l’échec scolaire

                Le Professeur Mohamed AKKAR, enseignant-chercheur à l’Université Sciences et Technologies de Bordeaux, ancien Professeur de Mathématiques à la Faculté des Sciences de Rabat et Directeur de la Formation des Cadres au Ministère de l’Education Nationale, a prononcé une conférence au C.P.R. Mohammed V de Safi le jeudi 15 Octobre devant les formateurs du C.P.R. et leur Directeur, des professeurs universitaires et d’enseignement secondaire. Ont également assisté à cette conférence quelques inspecteurs de Mathématiques, les chefs d’établissement et le Délégué Provincial du M.E.N.

               Cette conférence prononcée par le professeur safiot Mohamed Akkar, traite de l’épineux problème de l’échec scolaire qui laisse sur le bord de la route, exclus de l’éducation et la formation, un nombre élevé d’élèves et ce, dans tous les pays, surtout ceux qui sont en voie de développement en général et les pays africains en particulier. Mais de nombreux pays développés comme la France, l’Espagne ou la Belgique, nous affirme le conférencier, sont également touchés par cet échec. Dès le début de la conférence Mohamed Akkar pose la problématique de ce mal du siècle et se demande si « cette situation de mal-être des élèves résulte-t-elle des méthodes d’évaluation qui ont tendance à souligner la faiblesse d’un élève et ses échecs bien plus qu’à relever les progrès accomplis et les compétences et apprentissages acquis ? Est-ce le système d’apprentissage qui décourage certains, est-ce la sélection à outrance  et les classements permanents ? ».Il pose aussi la question de remédiation : il se demande comment renforcer la confiance des élèves, comment les aider à tirer profit de leurs aptitudes et à aimer travailler pour réussir leurs études. « Peut-on envisager une nouvelle façon de travailler qui soit profitable au plus grand nombre et remettre en cause la situation désastreuse des élèves en situation d’échec voire de naufrage ? » interroge-t-il. Il rappelle, non sans humour le propos d’un pédagogue québécois : «  une manière infaillible d’identifier les bons nageurs, c’est d’organiser un naufrage» pour illustrer l’abus de sélection qui a cours dans de nombreux systèmes éducatifs dont le nôtre.
                  Au cours de sa conférence le professeur Akkar propose à la salle une discussion qui consiste à réfléchir et échanger sur des méthodes connues ou à inventer et des activités d’apprentissage qui auraient comme objectif de :
– Diminuer les situations d’échec scolaire ou de formation
– Améliorer la relation entre l’enseignant et ses élèves (tendre vers une relation de confiance réciproque)
– Amener l’élève à éprouver du plaisir dans son apprentissage et travailler convenablement pour y parvenir.
                  Il fait constater tout d’abord qu’au Maroc, en France et dans d’autres pays (Espagne, Belgique, Tunisie, Afrique Noire, Amérique Centrale…) de l’enseignement primaire au Supérieur (surtout dans les universités et moins dans les grandes écoles), quand on évalue le travail des élèves ou des étudiants, il y a en général trois types de notes : des bonnes, des moyennes et des mauvaises avec à peu près la même proportion (1/3,1/3,1/3). Le constat (banal) est que dans notre manière d’évaluer il y a une constante : la proportion des mauvaises notes. C’est ce que son collègue et ami le professeur Antibi, Directeur de l’Institut de Recherches sur l’Enseignement des Mathématiques de l’Université Paul Sabatier de Toulouse appelle « la constante macabre ». Il explique aussi que bien que cette constante soit présente assez souvent, elle n’a aucune justification scientifique.
                Il signale aussi que la constante macabre existe dans les pays précités alors qu’elle est inconnue dans les pays scandinaves, en Amérique du Nord ou en Grande Bretagne. Une des raisons est que dans ces pays, au lieu que le processus d’évaluation classique soit comme au Maroc et en France destiné davantage à classer les élèves, il évalue plutôt  leurs connaissances et leurs acquis. Il ajoute que ce phénomène n’existe pas par chance dans l’enseignement professionnel et technique et que  cela provient du fait que les objectifs de ce type d’enseignement sont clairs et s’expriment sous forme de prestations techniques. Il en est de même de certaines disciplines comme l’éducation physique et presque toutes les disciplines artistiques. C’est aussi le cas des grandes écoles car la sélection y a déjà été opérée.
                  Le conférencier explique en détail les causes de l’existence de cette constante : « la raison essentielle est que la société fait jouer au système éducatif un rôle de sélection. Ensuite de façon inconsciente et routinière les enseignants, surtout de certaines matières considérées comme importantes, sont victimes de cette tradition des 3 tiers qui s’est installée et chacun de nous s’est adapté à ce contrat implicite ». Même dans les CPGE (classes préparatoires) où les élèves sont recrutés parmi les mentions TB et B, assez rapidement les contrôles où des notes oscillent entre 2 et 6 sur 20 poussent d’ex-bons élèves à se décourager voire à abandonner. Il y a d’autres causes qui proviennent essentiellement de notre pratique d’enseignant au moment de la préparation des contrôles que nous voulons souvent difficiles ou destinés aux meilleurs de la classe.
               Ce qui est malheureux c’est que les conséquences de ces pratiques découragent des élèves et  empêchent tout effort et tout progrès, cela les rend malheureux et le plaisir d’apprendre disparaît. De simples contrôles de connaissances deviennent entraînement à des concours de classement. L’élève perd toute confiance en lui-même et en l’école et l’estime de soi. Il n’aime plus y aller car c’est une réelle corvée. Tout travail de préparation  ou toute étude devient pénible et douloureux et devient inutile puisque cela ne sert à rien ou presque. Ce qui explique la masse invraisemblable de cours de soutien et d’heures supplémentaires en dehors des établissements pour garder le niveau.
    Alors quelle est la solution à ce problème désastreux de l’échec scolaire. M. Akkar pose naturellement le problème de l’action à mener. Que peut-on proposer pour agir et limiter si ce n’est faire disparaître cette constante ? Certes c’est une tâche difficile mais  à son on avis deux actions importantes doivent être menées :
Redonner à l’enseignant son vrai rôle de formateur
Et pour encourager l’élève, le motiver et lui donner l’envie et le goût du travail et surtout le convaincre qu’il est tout à fait capable de progresser il faut trouver une évaluation adaptée à l’anéantissement de la constante macabre.
Il expose ensuite dans le détail la solution adoptée par de nombreux enseignants en France : c’est ce qu’il appelle l’EPCC (évaluation par contrat de confiance). Ce système est simple, dit-il, à mettre en œuvre quand on est sensibilisé au problème et ne demande aucun moyen supplémentaire sauf la bonne volonté de l’enseignant. Cette méthode d’évaluation est fondée sur le principe de base suivant : mettre l’élève en confiance, encourager et récompenser son travail en mettant en valeur ses progrès et ses efforts. L’EPCC comptabilise le progrès accompli et ne s’acharne pas à relever tout ce qui ne va pas. Il donne ensuite le schéma de l’EPCC : tout contrôle comprend 5 questions ou exercices, les 4 premières questions déjà traitées en classe sur 16 points sur 20 et un exercice ne figurant pas sur la liste noté sur 4 points. On peut aussi donner 3 exercices déjà traités sur 12 points, un exercice analogue à l’un de la liste sur 4 et enfin un exercice nouveau sur 4. On peut ajouter une question hors barème pour les plus forts. Ceci répondra à l’hétérogénéité des classes précise-t-il.
              Comme la conférence a lieu dans le CPR, établissement de formation des professeurs de collège, M. Akkar s’est rappelé qu’il a été le Directeur de la formation des Cadres au M.E.N. pendant plusieurs années quand il avait la charge des CFI, des CPR, des ENS et du centre de Formation des Inspecteurs et des agrégés et s’est demandé : « Que peut-on faire au niveau de la formation des enseignants ? » Il commence d’abord par énumérer tout ce qui existe déjà dans la formation initiale du CPR, ensuite il ajoute qu’il faut absolument :
Attirer l’attention des futurs enseignants sur l’existence de la constante macabre, de ses causes et de ses néfastes conséquences et sur les pièges à éviter.
             Leur apprendre à préparer des devoirs et des contrôles, des tests et des textes d’examen, à les rédiger et à bien les doser à partir d’objectifs précis ainsi qu’à établir un barème.
             Leur apprendre à distinguer clairement les activités d’apprentissage et celles d’évaluation.
Les initier à la correction écrite et orale des devoirs, à l’analyse des erreurs et à la façon de les exploiter (statut de l’erreur) et les former dans le domaine de l’évaluation et leur faire pratiquer plusieurs activités ou méthodes d’évaluation.
   
            La conclusion de la conférence se fait sur une note pleine d’espérance et se veut conciliante : « Malgré tout ce que j’ai dit sur les inconvénients de l’évaluation classique et la course aux classements, c’est-à-dire le découragement de beaucoup d’élèves qui se retrouvent en  difficulté scolaire, ces pratiques de sélection ont des avantages non négligeables comme l’émulation nécessaire au progrès et à l’élévation du niveau des élèves ; cela donne aussi le goût du travail et de la compétition. Si dans un cas on ne veut pas sacrifier les plus fragiles, dans l’autre il ne faut pas laisser tomber les plus méritants en disant que c’est moins grave, ils sont intelligents, ils vont se débrouiller tout seuls. Le problème n’est pas si simple. Il faut doser par alternance les activités pour les uns et les autres. Il faut être vigilant et essayer de répondre aux besoins de tous pour amener toute la classe au succès et permettre à chacun de se sentir bien heureux d’apprendre et de travailler. Il y aura toujours des évaluations plus ou moins satisfaisantes. C’est notre défi quotidien qui rend notre mission difficile.

Safi le 15 Octobre 2009. CPR Mohamed V de Safi.
                        RIVAGES2SAFI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :