L’âge d’or des sciences et de la langue arabes. (Mohamed AKKAR) AFMS 16 Avril 2010

 

« L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr » Hadith.

 

 

 

Le Professeur Mohamed AKKAR a donné, le vendredi 16 Avril 2010 à 19H. une conférence à l’Alliance Franco-Marocaine de Safi sur un sujet  qui a beaucoup intéressé l’assistance fort nombreuse et             constituée d’intellectuels, de cadres, d’étudiants et d’enseignants-chercheurs.

Le conférencier, dès son introduction, a averti le public qu’il ne s’agit pas de tomber dans        « l’Exagération généreuse de certains historiens arabes, compréhensible car c’est une lutte culturelle contre des préjugés tenaces. »

 

 

Les objectifs de la conférence sont présentés clairement : comme les activités scientifiques des siècles qui furent jadis les plus fastes de la civilisation arabo-musulmane du 9ème au 15ème siècle sont mal connues voire très mal connues ou pas du tout connues même par le public d’ascendance arabo-musulmane, comme, ce qui est plus grave, dans les histoires générales des civilisations, elles n’apparaissent qu’épisodiquement et dans les meilleurs des cas comme une simple transmission entre la Grèce et l’Europe de la Renaissance, il est temps de dénoncer cette injustice et surtout de la réparer en faisant connaître l’âge d’or des sciences arabes et celui de la langue qui a été « l’outil à penser ». Il faut aussi faire connaître aux jeunes générations arabo-musulmanes que, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, leurs pays, leurs savants, leur société ont connu une période brillante, une civilisation de pointe et contribuaient au progrès de la science universelle. L’enseignement était l’un des plus modernes de la planète et la production qu’elle soit littéraire, artistique ou scientifique était une des plus prodigieuses; les bibliothèques publiques et privées se comptaient par centaines dans les grandes villes et contenaient des milliers et parfois des millions de livres.

 

Quelques chiffres ont été donnés et ont étonné l’assistance : la bibliothèque du Vizir astronome Nasir-Addine Al Tusi à Maragha comptait 400 000 volumes. La bibliothèque d’Al Aziz au vieux Caire comprenait 1 600 000 volumes dont 6500 de Mathématiques. La bibliothèque d’Al Hakim, fondée au Caire aussi à la fin du 10ème siècle et appelée «  Le palais du savoir » contenait 600 000 volumes. Au 11ème siècle Al Andalus comptait 70 grandes bibliothèques publiques en plus des nombreuses bibliothèques privées de familles bourgeoises. Les nations arabes ont été parmi les premiers pays à fabriquer et vendre des livres. Le papier, inventé par les chinois, se fabriquait à Bagdad  dès 793, au Caire en l’an 900, en Espagne en 1056 et en Sicile en 1102 grâce aux arabes, mais seulement en 1248 en France et en 1276 en Italie.

 

Un autre objectif de la conférence est, précise l’orateur : dans les livres sur l’essor de la civilisation islamique, on parle souvent et parfois uniquement des foyers scientifiques de l’orient musulman alors que les contributions du Maghreb et de l’Espagne ont été importantes qualitativement et quantitativement. Un autre objectif : de nombreuses questions sur l’histoire des sciences arabes sont encore sans réponse et les recherches dans ce domaine sont insuffisantes et peu encouragées. La science arabe ne se réduit pas uniquement aux apports de quelques savants prestigieux comme Alkhawarizmi, Omar Khayyâm, Ibn Al Haytam …  Elle a besoin d’une recherche universitaire intense pour répondre à de nombreuses questions qui se posent encore aujourd’hui.

 

Le conférencier, avant d’attaquer le fond du sujet, explique rapidement l’origine de l’essor de cette science qui fut l’un des chainons spécifiques majeurs dans le long processus du progrès de l’humanité : l’expansion prodigieuse de l’Islam, un grand empire florissant qui s’étend de l’Espagne à l’Inde et couvre les sables brûlants de Tombouctou, un système de formation et d’enseignement de qualité, bien organisé et bien encadré, une ouverture de l’esprit et une culture de tolérance, un goût développé du savoir. A l’époque foi musulmane et savoir, science et philosophie allaient de pair et s’appelaient l’un l’autre au nom de l’impératif                «  réfléchir sur les signes de l’univers ».

 

            Tout au long de son exposé passionné et passionnant, M. Akkar a tenu à insister sur le fait que les travaux scientifiques en question  sont importants certes parce qu’ils ont permis plus tard le démarrage d’un progrès scientifique en Europe médiévale mais leur importance fondamentale provient surtout du fait qu’ils ont une valeur intrinsèque.

Au cours  de la conférence les sujets suivants ont été exposés :

  • L’empire arabo-musulman (quelques brefs rappels)
  • Les sciences arabes :
    1. Les Sciences de transmission
    2. Les Sciences rationnelles
    3. Les Sciences intermédiaires
  • La langue arabe : La langue arabe a joué un rôle tout à fait essentiel, à la fois comme moyen de diffusion des connaissances et comme « outil à penser » durant toute cette période de l’histoire qui commence lorsque les arabes s’attribuèrent le monopole de la route des Indes aux dépens des gréco-romains.
  • Appropriation d’un savoir nouveau: Innovateurs scientifiques.

Quelques exemples d’innovations:

    1. Des innovations logistiques
    2. Des innovations de travail scientifique
    3. Des innovations dans l’enseignement et la formation
    4. Des innovations d’échanges et d’interpénétration des sciences
    5. Des innovations scientifiques et techniques
    6. Des compétences innovantes: certains savants arabes étaient en plus philosophes ou spécialistes de plusieurs disciplines: Ibn Al Haytam était brillant en Mathématiques et en Physique, Al Biruni a été au 10 ème et 11 ème siècle, mathématicien, astronome, géodésien, minéralogiste et botaniste; cette diversité d’activité  fantastique faisait que ce savant alliait la méthode déductive des mathématiques et une rare puissance d’induction: un authentique esprit scientifique avec deux qualités qu’on possède rarement en même temps.
  •  PASSEURS DE LA MODERNITE
  • RECHERCHE ET ACHAT DE DOCUMENTS – TRADUCTIONS
  • ASSIMILITION ET APPROPRIATION-
  • INNOVATIONS & INVENTIONS
  • DIFFUSION DU SAVOIR GREC ET ARABE
  • Enseignement et Culture
  • Loisirs et Jeux, surtout jeux mathématiques.

 

  • Conclusions :

 

    1. Repenser l’histoire de la science arabe. Combattre scientifiquement ceux qui dévaluent et/ou minimisent son rôle et sa valeur intrinsèque, par des travaux de recherche sérieux ; contredire ceux qui nient la contribution des arabo-musulmans dans le développement de la science universelle( il en a existé -Renan…- et il en existe encore!). Conception de l’histoire des sciences européocentriste et globalement occidentale malgré les ruptures idéologiques du 19ème siècle et les mouvements nationaux du 20ème.

 

 

 

    1. Quelques repères de l’origine du phénomène de déclin de la civilisation arabo-musulmane et par voie de conséquence des activités scientifiques.

Il faut tout de suite dire qu’en raison de l’insuffisance des travaux de recherche sur certains aspects importants de cette civilisation, il n’y a pas de réponse globale à cette question

·        Facteurs externes: offensives chrétiennes contre des territoires de l’Empire (croisades du 11ème au 13ème  , reconquête dans la péninsule ibérique et la Sicile, d’où le rétrécissement de l’espace géographique de l’Empire avec la perte définitive de la Sicile et surtout de Tolède et l’instauration du Royaume de Jérusalem. Perte de Grenade en 1492.

·        Facteurs économiques: effritement progressif du monopole musulman sur le commerce méditerranéen accompagné du contrôle  de ce commerce par les villes marchandes italiennes comme Venise, Gênes, Pise, Florence …

·        Facteur psychologique de désorganisation : invasions mongoles au début du 13ème siècle par Gengis Khan; offensives de Tamerlan.

·        Facteurs internes: leadership politique, pénurie de certaines matières premières (bois, fer, or); grandes épidémies de peste et de choléra au 14ème siècle …

·        Conservatisme sur le plan idéologique et religieux à partir du 15ème siècle.

 

 

 

ANNEXE : QUELQUES SCIENTIFIQUES ET PHILOSOPHES ARABES :

 

 Al Biruni
(Abu Raihan Mohammad ibn Ahmed Al Biruni)

Al Khwarizmi
(Mohammad Ibn Musa Al Khwarizmi -780-850)

 Omar Khayyâm

Umar Ibn Ibrahim Al Khayyam

Ibn Sina / Avicenne
(Abu Ali Al- Hussain Ibn Abdullah Ibn Sina – 980-1037)

Al Razi
(Abu Bakr Mohammad Al Razi)

Jabir Ibn Hayyan

 
Az Zahrawi

Abu Al-Qasim Khalaf Ibn Abbas Az Zahrawi

Al Farabi

Ibn Khaldun

 

 Al Kindi
(Yaqub ibn Ishaq Al Kindi)

 BIBLIOGRAPHIE GENERALE

·   Ahmed Djebbar , L’ÂGE D’OR DES SCIENCES ARABES ,

                Editions le pommier, 2005, 187 pages.

·   Ahmed Djebbar, Une histoire de la Science Arabe, Editions du Seuil,385 p.

·   Ahmed Djebbar, L’Algèbre Arabe, Genèse d’un art, Vuibert 2005, 213 p.

·   Pierre Guichard, AL ANDALUS, 711-1942, une Histoire de l’Espagne Musulmane, Hachette, Littératures, 2000, 267 pages.

·   Louis Gardet, Les Hommes de l’Islam, Approche des Mentalités

        Editions Complexe, Librairie Hachette, 1977, 445 pages.

·   André Clot, L’Espagne Musulmane, VIIIème-XV ème siècle

       Editrions Perrin, 2004, 430 pages

·   Robert Mantran, L’Expansion musulmane (VIIème siècle- XIème siécle, PUF, 1969, 334 pages

·   Maurice Lombard, L’Islam dans sa première grandeur, (XIéme-Xiiieme)

Flammarion, 1971, 280 pages.

·   E Levi-Provençal, La Civilisation En Espagne, Vue Générale, Le Caire 1938, 208 pages.

·   Aly Mazahéri, L’Âge d’or de l’Islam, Quand Baghdad était la Capitale de la moitié du Vieux Monde, Rives Sud, Retnani,Editeur, 2003. 405 pages.

·   D. & J. Sourdel, La Civilisation de l’Islam Classique, Arthaud, 1983.518 p.

·   Pierre Guichard, Philippe SENAC, Les relations des Pays d’Islam avec le Monde Latin, milieu Xème – milieu  XIII ème, CNED, 283 pages.

·   Dominique Urvoy, Penseurs D’Al-Andalus, La Vie Intellectuelle a Cordoue et a Seville au temps des berberes,Fin XIème-Début XIIIème siècle), Presses Universitaires du Mirail, Editions du CNRS, 212 pages.

·   André Miquel, Du Désert D’Arabie aux jardins d’Espagne, La Bibliothèque Arabe, Sinbad, 1992, 301 pages.

·   L’Islam dans les collections nationales (françaises) Exposition des musées Nationaux, 2 mai- 22 Août 1977, Jean-Paul Roux, 301 pages.

·   G. Ghiauzzi, F. Gabrieli, P. Guichard, L. Golvin, C. Sarnelli Cerqua,

MAGHREB MEDIEVAL, L’Apogée de la Civilisation Islamique dans l’Occident Arabe, Editions Edisud, 1991, 287 pages.

·   Raymond Koechlin, L’Art de l’Islam,  La Céramique, Editions Albert Morancé, 61 pages de textes et 49 Planches.

·   G. Migeon ,  Les arts musulmans,  Paris et Bruxelles, Librairie Nationale d’Art et d’Histoire, G. Van Oest, Editeur, 1926, 48 pages et 64 Planches.

·   G. Migeon , Manuel d’art musulman,  les arts plastiques et industriels, Picard Paris 1927.

·   Dominique MILLET-GERARD, Chrétiens mozarabes et Culture Islamique dans l’Espagne des VIIème-IXème siècles., Etudes Auguetiniennes Paris 1984,229 pages

·   QUANTARA, Magazine de l’Institut du monde Arabe, Ce que la Science doit aux Arabes, automne 2005, 80 pages.

·   Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed, Irene Rosier-Catach, Les Grecs, les Arabes et nous, Enquête sur l’Islamophobie savante. Fayard 2009, 373 pages.

·   Les très riches heures de la civilisation arabe, Jean Wolf & Pierre Heim, Préface de Benoist-Méchin, Editions Cujas,1972, 212 pages

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