Le château de mer de Safi en péril

          Bref historique : l’établissement des Portugais commence vers 1506 par la concession faite par le gouverneur de Safi, Ali ben Ouachmane, qui a assassiné Abderrahmane Ibn Pharaoune, souverain de Safi et de la région. En fait les Portugais surveillaient attentivement la situation anarchique du pays et essayaient d’en tirer parti. Ils trouvèrent enfin le moment favorable à leur projet lorsque les deux amis, Ali ben Ouachmane et Yahia Ou Tafoult assassinèrent le vieux Caïd et se partagèrent le pouvoir. Mais la population se montra hostile aux deux complices. A seule fin de garder le pouvoir, Ali accepta d’ouvrir aux chrétiens une porte sur la mer et de leur donner en garantie une des plus fortes tours des murailles. Mais la diabolique habileté de Diogo de Azambuja et de Garcia de Mello a semé la discorde entre les deux caïds en persuadant chacun que l’autre voulait l’assassiner et a permis petit à petit de conquérir la ville. De plus le roi Emmanuel 1er a établi une collaboration intelligente avec les habitants de Safi, dont les juifs : le grand rabbin Ibrahim Ben Zmirou fut reconnu comme chef de la juridiction sur ses coreligionnaires.

 

            Le château de mer, terminé en 1523, est encore aujourd’hui très intéressant à visiter. Sa grande porte est surmontée d’emblèmes et de porte-fanions. Une rampe conduit au chemin de ronde d’où l’on a sur le Cap Safi et la Médina une belle perspective. Ce château, classé monument historique national en vertu d’un dahir du 20 février 1924 est en voie de disparition. Il est aujourd’hui en péril car la tempête du 6 mars 2010  a fait disparaître une partie importante de ce château : sa tour sud-ouest. Il est bien connu que ce château était en danger. Les différentes études réalisées et les nombreuses mises en garde d’archéologues et de    

de laboratoires prévoyaient le pire car l’érosion intense et l’instabilité du terrain et du sous-sol entrainaient un recul important de la côte et une attaque dangereuse des roches. De nombreuses solutions ont été bien sûr avancées (remplissage des grottes par des sacs de béton. De nombreuses personnes, surtout dans la population et parmi les safiots de l’étranger, sous le coup de l’émotion et devant l’importance de la valeur de ce patrimoine, crient au scandale et dénoncent la négligence et la non-réaction des officiels et des élus. C’est tout à fait compréhensible, mais il faut savoir qu’il s’agit là d’un problème très sérieux qui nécessite l’intervention d’un bureau d’études compétent et d’une grande entreprise pour étudier des solutions fiables et la mise en œuvre de plusieurs remèdes conjugués pour arrêter l’effondrement, réparer les dégâts, consolider les vides, prévoir un système de protection et surveiller en permanence l’état des lieux. Cela demande une coordination régionale et nationale et un budget colossal. Aucune partie toute seule ne peut prendre en charge le sauvetage et la consolidation du monument. Il y a des études sérieuses et des travaux importants à effectuer ! De plus il faut une mission interministérielle accompagnée par des représentants des autorités locales, des élus de la Mairie, de la Province et de la Région. Si le Portugal accepte de participer il serait le bienvenu. Et cela de toute urgence !

 

            Rien ne sert de continuer à se lamenter ou à signer des pétitions et de formuler des critiques. De telles manifestations sont utiles pour exprimer son soutien et son intérêt. Ce qui est mieux c’est de dépasser l’émotion, de passer aux actes et de provoquer une première réunion qui doit établir un planning de travail. En attendant il faut peut-être ouvrir une liste de donateurs : en plus des particuliers, les entreprises, sociétés et offices de la place doivent faire des dons substantiels. Par exemple l’OCP qui a ébranlé ce pauvre château par ses convois de phosphates en chemin de fer doit faire partie des premiers donateurs !

            Quand j’ai visité le château dernièrement, j’ai été ahuri de voir que le bâtiment qui s’est écroulé en partie et qui est, cela est évident, en voie d’écroulement de nouveau, n’est nullement isolé et on pouvait s’approcher librement des parties les plus touchées (voir photos animées prises en avril). Il faut absolument isoler la bâtisse et éviter aux curieux de trop s’approcher des endroits dangereux. Sinon un accident serait vite arrivé !     

                                                      Mohamed Akkar, Safi, Avril 2010.

PHOTOS ET C.P.A.

 

DAR LABHAR

Avant-hier, Hier et Aujourd’hui



 

 

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