Réquisitoire poétique contre la modernité. «Je hais l’amour», un recueil de Taha Adnan, transforme le quotidien fade et ennuyeux en instants magnifiques

Au lieu de plonger dans le monde des chiffres, il a préféré prendre le chemin des mots. Ce Marocain venu à Bruxelles en 1996 pour poursuivre des études supérieures, a fait de l’art poétique une nécessité d’expression, un moyen de rendre le quotidien plus soutenable. C’est le cas de son dernier œuvre «Je hais l’amour», dont la version bilingue est parue en février 2010 aux Editions Le Fennec. Si l’auteur s’exprime en arabe, simple et accessible, la traduction en français a été faite par la poétesse Siham Bouhlal qui a su l’esprit des textes de Taha Adnan. S’agissant du contenu de ce recueil de poésies, nous ne pouvons le décrire mieux que son éditeur. «Je hais l’amour est, à la fois, une carte d’identité poétique et la biographie d’un émigré moderne. Un recueil écrit dans un esprit rebelle : un mouvement contre la poésie classique, contre l’amour et contre un monde de plus en plus "macdonaldisé"», peut-on lire dans la présentation de ce recueil. Voilà en résumé le contenu. Le lecteur aura été averti. Une caractéristique de l’auteur et du poète qu’est Taha Adnan. D’une sincérité sans bornes, d’une sensibilité propre aux poètes, il aura averti, sans trop tarder ni essayer de gagner du temps, le lecteur quant au contenu. Pas de place pour le mensonge.

Le lecteur est averti dès le début que le recueil qui est entre ses mains est un concentré de sentiments, mais aussi de morale et autres appels à conscience. La prose poétique de Taha Adnan traduite en français rend cet économiste de formation (Université de Marrakech) comme le poète du quotidien par excellence. Les poèmes publiés par Taha Adnan "sont à lire à tout prix", conseillent les critiques parce qu’ils sont la reproduction du microcosme social où certains s’y retrouvent et peuvent s’y reconnaître et s’y retrouver. «Je hais l’amour» est un recueil didactique à lire et méditer. Tout au long des quelque neuf poèmes écrits en arabe par l’auteur entre 1997 et 2007, avec un style simple mais raffiné, ce dernier nous plonge dans son propre univers, nous emporte dans la vie d’un exilé. Ses poèmes sont un cri du cœur aux gens, un appel à conscience pour qu’ensemble, nous puissions mener notre société moderne à bon port.

Cet œuvre de Taha Adnan n’est pas une exception. En effet, depuis ses débuts, ce poète a supplanté ses écrits par une poésie qu’il qualifie de personnelle, franchement autonome, introspective et analytique d’une société hétéroclite et préfabriquée. Il s’agit de la société occidentale en générale et celle de Bruxelles en particulier. Les poèmes de Taha Adnan envoutent par l’image qu’ils renvoient au lecteur. Une musicalité sonore rythme des textes de l’auteur qui se réfugie derrière la poésie pour s’exprimer en toute liberté sans aucune contrainte.

Taha est devenu poète pour rêver mais aussi pour extérioriser. «Je n’aime pas les brouillons, Images de poèmes inachevés, je hais les poésies publiées et souffre de ne pas les voir achevées», lit-on dans l’un de ses poèmes. «Je n’aime pas qu’on m’appelle Tahar El-Marrakchi, ou qu’on me pointe du doigt, je hais les blonds sourires des employées qui déforment mon nom "Monsieur Taaa Adnan ! "», poursuit l’auteur encore dans autre vers. Toutefois, le poète reste un éternel nostalgique. Ce natif de Safi mais plus Marrakchi que Safiot dénonce les méfaits de la modernité. Et l’un des maux dont il souffre tout comme la majorité des gens de cette époque, c’est l’Internet. Il dit que c’est le net « qui a dispersé le reste de chaleur en lui». Il évoque avec grande nostalgie ses souvenirs en évoquant «les marchands de cigarettes au détail», «les palmiers», ou encore et «le thé des mères». Ses écrits reflètent dans son ensemble, dit-il, sa quête anxieuse à transformer le quotidien fade, en un instant magnifique, le banal en merveille.

——————————————————————–

Biographie

Né le 2 août 1970 à Safi, Taha Adnan a grandi à Marrakech, où il a fait l’essentiel de ses études. Licencié en sciences économiques en 1994, il poursuit ses études supérieures en Management et en Gestion des Ressources Humaines à Bruxelles, où il s’est établi depuis une dizaine d’années. Actuellement, il travaille au département de l’enseignement du ministère de la Communauté française de Belgique et collabore avec plusieurs titres marocains et arabes.On pourrait imaginer Taha Adnan, économiste de formation, au volant d’une voiture filant à toute allure vers le lieu de son travail : un cabinet de conseil ou une fiduciaire. Il est en retard et il doit faire vite. Mais Taha a décidé de désobéir et de prendre une route plus risquée, celle encombrée des méandres de son imaginaire.
 
 
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :