Le fado portugais à l’honneur à Safi

Cité portugaise au XVIe siècle, la ville de Safi invitait samedi dernier la chanteuse portugaise de fado Katia Guerreiro. L’enceinte de Dar Sultan, abritant le musée de la céramique, accueillait samedi soir un événement tout à fait inhabituel. L’étoile montante du fado, Katia Guerreiro, y donnait un concert, en présence de nombreuses personnalités marocaines et étrangères. Safi est une des villes marquées par l’empreinte portugaise des siècles passés, dans son histoire et sa culture.
Alors quoi de mieux que le fado, art musical populaire et souvent porte-drapeau du pays, pour célébrer l’amitié entre le Maroc et le Portugal ? Organisé par l’ambassadeur portugais du Maroc Jaoa Rosa La, en collaboration avec la wilaya de la région de Doukkala-Abda et la revue «Diplomatica», le concert était l’occasion de célébrer l’amitié exemplaire maroco-portugaise. «Nous étions animés du désir d’allier tradition et histoire, patrimoine et musique et donc de mettre en valeur ce riche passé commun si important dans l’histoire de nos deux pays.
Pour concrétiser cette rencontre entre le Fado et l’héritage portugais du Maroc, la voix de Katia Guerreiro s’est très vite imposée comme le choix parfait.», a déclaré, à la MAP, l’ambassadeur portugais. Une délégation de trente diplomates étrangers, le ministre d’Etat, Mohamed El Yazghi et le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, étaient présents. Issu des bas-fonds de la société portugaise au XIXe siècle, le fado a connu un passé tumultueux. L’époque est aussi trouble que créative pour le pays, devant faire face à un contexte économique difficile, l’émergence de nouvelles cultures (notamment l’influence du Brésil) et la contestation politique. Le fado inonde alors tous les cafés et tavernes populaires. «Silencio, que se vai cantar o fado!» («Silence, on va chanter le fado!») donnait l’injonction d’arrêter le tintement des verres, signifiant le début du concert. En solo ou à plusieurs, le fado a pour principal instrument la guitare portugaise. Elle se joue à cordes pincées.
Sorte de musique sacrée des miséreux et exclus, le fado est un chant profond, intérieur et criard. Son chant ressemble à une complainte, le plus souvent mélancolique. Les thèmes de prédilection sont la passion, la nostalgie ou l’exil. Quasiment disparu sous l’ère fasciste, le courant reparaît ensuite sous des aspects plus folkloriques, un châle ou un costume noir. Des voix féminines et masculines l’ont rendu célèbre, d’Amalia Rodrigues à Alfredo Marceneiro. A cette époque il s’embourgeoise, son chant gagnant tous les cafés de Lisbonne. Et franchit les frontières. Plus tard, le fado connaît une nouvelle phase de déclin.
Aujourd’hui cette agitation semble terminée, notamment grâce au tourisme.
La chanteuse Katia Guerreiro se revendique de ce lourd héritage. A 34 ans, elle est très appréciée du public et de ses prédécesseurs. Elle trace son sillage directement dans les pas d’Amalia Rodrigues, dont la voix semble lui avoir été léguée.
Samedi soir, elle a remporté l’adhésion du public de Safi et d’ailleurs. Vêtue de la tenue modeste des fadistes et accompagnée de deux guitaristes, elle avait choisi de mélanger à son répertoire des chansons de célèbres précurseurs, anciens et modernes. Comme dans la tradition, elle effectuait une danse au son des guitares. Donnant son quatrième concert dans le pays, elle a confié son honneur d’avoir été choisie pour représenter le lien maroco-portugais. «J’aime ce pays, je suis heureuse de pouvoir y chanter. J’ai chanté de toutes mes forces et de tout mon cur pour l’amitié entre nos deux pays et pour ce merveilleux public qui représente différentes nations.», a-t-elle encore déclaré à la MAP. Le public ne s’y est pas trompé et a salué sa prestation par une longue ovation.
Safi, cité portugaise
Le concert se tenait dans la Kechla, ancienne forteresse portugaise du XVIe siècle, bâtie au sommet de l’ancienne médina. Le bâtiment abrite aujourd’hui le musée de la céramique, grande spécialité de la ville.
Comme d’autres villes de la côte marocaine, Safi fut envahie par les troupes portugaises au début du XVIe siècle en 1541. Mais grâce à son port, elle était la capitale de l’empire colonial. Celui-ci s’étendait jusqu’à Marrakech. Elle a gardé les stigmates de cette occupation, surtout dans sa vieille médina. En son cur, la chapelle portugaise est le vestige restant de la cathédrale de Safi, construite en 1519. Quant au château de mer, il était une autre forteresse, à la fois destinée à la défense de l’ancien port et résidence du Gouverneur.

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