Les élues locales luttent pour l’égalité politique

Les quotas gouvernementaux ont aidé à améliorer le rôle politique des femmes au Maroc, mais les élues regrettent que des obstacles viennent les empêcher d’effectuer correctement leurs missions.

Il y a un an, le pourcentage du nombre de femmes dans la vie politique est passé de 0.5% à 12%. Hayat Boufarrachen, conseillère à Salé, dit à Magharebia qu’en dépit des efforts qui ont été fournis pour l’amélioration de la représentation des femmes, on a encore du mal à accepter ces dernières au niveau politique.

"On ne prête aucune attention au niveau intellectuel des femmes élues et à leur personnalité", affirme-t-elle. "On les traite comme si elles étaient à la maison. Des fois, on tente de dicter aux conseillères ce qu’elles doivent dire dans les réunions."

Elle ajoute qu’entre autre provocation, il y a l’horaire choisi pour de nombreux rendez-vous. Ainsi, elle regrette que, pour décourager la participation des femmes, ils soient programmés le soir.

Ces critiques sont confirmées par Drissi Abdelhak, le coordinateur régional de Doukkala-Abda du programme de la gouvernance locale de l’agence américaine de développement international ( USAID).

Celle-ci, en collaboration avec la Direction générale des Collectivités locales, a organisé le 19 juillet une rencontre à Safi pour les conseillères locales. "En gros elles considèrent que leurs opinions ne sont pas prises en compte et qu’il y a une grande hégémonie de la part des hommes",indique-t-il. " Ce qui rend l’accès à la responsabilité très difficile".

"Les femmes sont un partenaire essentiel dans tous les domaines du développement", dit Najat Razzouk, directrice de la formation des cadres administratifs et techniques au ministère de l’Intérieur, lors de cette réunion de Safi.

Razzouk a également évoqué la détermination du département de tutelle en matière d’égalité des chances dans les conseils locaux. C’est dans ce cadre que s’inscrit le programme de gouvernance locale de l’USAID ainsi que le travail du Fonds de soutien de la représentativité féminine lancé en 2009.

Une seconde rencontre s’est tenue à Fès en direction des femmes élues du district Fès-Boulemane.

Le Ministre a lancé de nombreuses informations et projets de formation en 2009, en faveur des politiciennes et menés par des partis politiques et des organisations sélectionnées par le Ministère. Une seconde vague de programmes concentrés sur les solutions à apporter au problèmes suivront en septembre 2010.

Selon la sociologue Chadia Mbarki, le combat des femmes pour l’égalité sera un processus graduel, car il s’avère difficile de changer les attitudes individuelles. Elle affirme que les femmes doivent être patientes et qu’elles doivent s’affirmer pour atteindre leur objectif d’égalité.

Durant la rencontre qui s’est tenue à Fès-Boulemane, Najat Razzouk a déclaré que le quota électoral mis en place pour les élections de juin 2009 "ont ouvert la porte aux femmes pour qu’elles pénètrent dans les conseils communaux", avec 3 424 d’entre elles en place dans les bureaux publics.

De nombreuses femmes réunies lors de la réunion de Fès ont déclaré à Magharebia qu’elles n’avaient aucune tendance ou expérience politique antérieure au scrutin de 2009. La loi a, à ce moment là, créé la surprise dans les partis marocains, qui n’ont pas bénéficié de beaucoup de temps pour pouvoir identifier qui serait la meilleure candidate dans chaque zone.

Fatima Jannan vivait à Fès avec sa famille avant les dernière élections. Sa seule préoccupation était de trouver un emploi après l’obtention d’une licence. "Je n’aurai jamais imaginé qu’un jour je me présenterai à des élections, avant que mon oncle ne me contacte et qu’il me demande de me porter candidate au nom de son parti sur mon lieu de naissance, au village d’al-Nakab dans la province de Moulay Yacub," dit-elle.

Jannan est revenue dans son village, s’est portée candidate au scrutin et l’a gagné. "Grâce au soutien que j’ai reçu de mon oncle et de ma famille, je n’ai eu aucune difficulté à m’impliquer dans la politique", ajoute-t-elle. "J’ai même eu le sentiment que j’avais attendu trop longtemps avant d’entrer dans ce domaine".

Jannan est maintenant en quête de formations dans les domaines politique et légal relatifs à la gestion locale, afin de pouvoir continuer à améliorer ses compétences dans son travail.

Malika Mefwar n’avait, elle non plus, aucune expérience politique avant les élections. Elle déclare même à Magharebia avoir été la dernière à apprendre sa nomination pour le scrutin.

"Mon mari assistait à une réunion de parti pour la préparation des élections", raconte-t-elle. "Quand les responsables du parti ont demandé qui seraient les femmes qui se présenteraient au scrutin, mon mari a donné mon nom. De cette manière, je suis devenue candidate sans même le savoir !"

Aujourd’hui, Mefwar est une élue locale au conseil communal d’Ein al-Shaqaf.

Fatima al-Deek, du conseil communal d’Awlad Maymoun, dit à Magharebia que son mari est à la tête du conseil où elle a été elle-même élue, et qu’il est responsable de tout. Il l’a nommé comme candidate et a fait sans elle sa campagne électorale.

Elle avoue aujourd’hui ne pas quitter sa maison, ne se rendre à aucune réunion du conseil communal et ne pas en savoir grand chose.

C’est plutôt son mari qui le gère.

magharebia.com

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