À propos….. تعريف بمدونتي

بسم الله الرحمن الرحيم

.رَبَّنَا افْتَحْ بَيْنَنَا وَبَيْنَ قَوْمِنَا بِالْحَقِّ وَأَنتَ خَيْرُ الْفَاتِحِينَ

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هذه المدونة ستعمل على إعمال العقل والتفكير العلمي الموضوعي بعيدا عن العشوائية .

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.إلى أن نلتقي في القادم من الموضوعات …. السلام عليكم

One response to “À propos….. تعريف بمدونتي”

  1. mhamed Laabali says :

    LES RETROUVAILLES (nouvelle)
    I – Safi le, 03 février 1967
    Ma très chère Tity,
    Cela fait plus d’un an que tu es partie. Tu m’avais promis de m’écrire une fois arrivée à Marseille. Sinon tu m’écrirais à ton arrivée en Israël. Malheureusement jusqu’à présent je n’ai reçu aucune nouvelle de toi, et ceci m’inquiète beaucoup.
    Es-tu bien arrivée. Comment va tante Régine, ta maman? A-t- elle pu supporter le long voyage malgré le mal de genou dont elle souffre? Et ton papa, oncle Ohayon ? A-t- il trouvé un travail dans le kibboutz? Je me demande quelle responsabilité on peut confier à un ex-marchand de céréales comme ton père.
    Avant ton départ, tu m’avais dit que vous alliez être logés tout près de la ville d’Akhziv au nord d’Israël. Arrives- tu à t’acclimater dans ce nouveau milieu?
    J’aurais aimé vous accompagner jusqu’à l’aéroport de Casablanca, mais tu sais très bien que je n’avais pas les moyens pour payer le prix du voyage. De plus, ton père nous avait confié que ce départ du Maroc était sensé rester secret. Il nous avait promis que vous reviendriez le plus vite possible.
    Quelques minutes avant de prendre ta place dans l’autocar qui devait vous amener à Casablanca, tu m’avais pris à l’écart et tu m’as chuchoté : « Ecoute, je vais te confier un secret. Je suis enceinte de toi. Si c’est un garçon je vais l’appeler Issac et si c’est une fille elle aura Amira comme prénom » Tu as éclaté en sanglots avant de m’embrasser sur les deux joues et de partir en courant.
    Est-ce vrai que tu étais enceinte ? C’est un garçon ou une fille ?
    Ici, chez nous, chaque fois que nous évoquons cette séparation, ma mère commence à pleurer, quant à moi, je ne pense qu’à toi, à mon enfant et à mon bac que je vais passer dans quelques mois.
    J’espère que j’aurai bientôt de tes nouvelles.
    En attendant, fais attention à toi, au bébé et à ta famille.

    M’hamed

    Depuis six mois, chaque dimanche, il se réveillait vers sept heures du matin, buvait hâtivement un vers de café qu’il préparait lui même sans faire de bruit de peur qu’il réveille sa mère malade et qui gardait une petite chambre située tout près de la porte. La ruelle étroite et mal éclairée qui menait vers la place de Sidi Boudhab était encore déserte.
    Ce matin là, à peine sorti, il fut assailli par un cortège de souvenirs.
    Assis sur une grosse pierre lisse, le vieux Shimon était toujours là. Habillé en noir, la kippa sur la tête, le septuagénaire lisait silencieusement un livre.
    – « Bonjour oncle Shimon »
    – « Bonjour mon petit », répondait le vieux sans jamais relever la tête.
    Tante Rachel demandait à ses enfants de se dépêcher. Un jeune homme habillé en blanc balayait devant la porte de l’hôtel Sebbah. Des voix de petits garçons jaillissaient de la minuscule école juive qui se trouvait au fond d’un couloir. Au bout de la ruelle, juste à gauche, deux employés de la CTM, (compagnie de transport) empilaient quelques colis. L’autocar quittait l’agence vers Casablanca aux alentours de huit heures quinze du matin.
    Tity était là. Elle l’attendait pour partir ensemble au lycée. Elle était de deux ans plus jeune que lui. Quatorze ans. Ils habitaient la même rue. Ils avaient grandi ensemble, joué ensemble, révisé leurs leçons ensemble bien qu’ils ne fréquentent pas la même école. En accédant au secondaire, ils se retrouvèrent tous les deux au Lycée Al Idrissi, mais elle n’était pas dans la même classe que lui. Les juifs et les chrétiens avaient des programmes spéciaux.
    Une fois sur la place Sidi Boudhad, ses souvenirs s’estompèrent cédant la place à la triste réalité cinglante.
    L’air absent, quelques pêcheurs et marins, qui vivaient par habitude, quittaient le port d’un pas nonchalant. Ils portaient de petits paniers en osier. Ils comptaient revendre dans le petit marché de Trab Sini les quelques poissons qu’ils avaient glanés au prix de grands efforts.
    Pour rejoindre le château de mer – une forteresse, vestige de l’occupation portugaise à la ville de Safi-, il longea les boutiques qui se trouvaient à sa gauche.
    En accédant en terminale, il avait l’habitude de s’arrêter devant le marchand de journaux pour jeter un coup d’œil sur les gros titres de certains quotidiens. Le propriétaire du petit kiosque, un handicapé toujours cloué sur sa chaise, le laissait faire.
    Il poursuivit son chemin, s’arrêta une seconde fois devant la librairie Fourtain Moulot. Des livres, soigneusement rangés dans la vitrine qui donnait directement sur le château de mer. Il se souvenait de la première et la dernière fois où il y avait acheté un roman : Eugénie Grandet de H. de Balzac. Le libraire, M. Amzallag, l’avait encouragé à lire. Mais comme il n’avait pas les moyens de se procurer des romans neufs, il se contentait de ceux qu’il trouvait à la » Joutia » sur la rue R’bat (un marché aux puces), chaque fois qu’il accompagnait Tity chercher du pain chez son oncle Mahé.
    Au niveau de la librairie, il traversa la rue, enjamba la ligne ferroviaire qui allait au port et commença à escalader les gros rochers sur lesquels venaient se casser les vagues de l’océan. Il s’assit sur une grosse pierre au pied de la haute muraille du château portugais. Là, il prit quelques feuillets et se mit à écrire. De temps en temps, il relevait la tête pour contempler l’horizon brumeux sillonné par quelques mouettes.
    Un bataillon de souvenirs prit d’assaut son esprit, de nouveau, et le cerna de toute part. Il abdiqua devant cette invasion.
    Tity l’attendait devant l’agence de transport. Ils empruntaient toujours le boulevard Moulay Youssef, traversaient un vieux cimetière qui se trouvait sur une colline, passaient devant le mausolée des sept fils de Ribbi Benzmiro et débouchaient sur la Maison du Combattant : un établissement chargé des affaires des ex-soldats marocains qui avaient fait la guerre aux côtés de leurs homologues français. Le lycée est à une centaine de mètres

    II- Safi, le 25 octobre 1967

    Très chère Tity, mon amour,
    Je viens d’apprendre que tu es partie avec notre bébé. Je sais que tu m’attends impatiemment. Rassure-toi mon amour. Je vais te rejoindre cette nuit. Je n’ai pas beaucoup de bagage. Seuls quelques feuillets que j’ai gardés soigneusement pour toi. En les lisant, tu vas être certainement très contente.
    M’hamed

    En sortant du lycée, à midi, Tity avait l’habitude de lui raconter tout ce qu’elle avait fait la veille. Elle lui décrivait minutieusement les repas qu’elle préparait avec sa maman.
    _ » Tiens je t’ai apporté un morceau de pain du shabbat (halal). Tu vois que je ne t’oublie pas », disait elle en souriant.
    _ » Merci », répondit-il simplement. Il voulut ajouter un compliment qui n’avait rien à voir avec le morceau de pain qu’il dégustait, du genre: » Tu es ravissante dans cette jupe », mais il se ressaisit. Il avait toujours du mal à exprimer à haute voix les sentiments qu’il éprouvait pour les gens qu’il aimait.
    Elle lui proposa:
    _ » Peux-tu venir cet après midi avec moi chez ma cousine Régine ? Celle qui habite au quartier Biada, un peu au dessus des collines des potiers. Elle n’a pas donné signe depuis plus d’une semaine. Avec son asthme, la malheureuse, elle se déplace rarement. Elle dit qu’elle ne peut plus grimper la colline où elle habite ».
    Tity avait peur d’aller toute seule chez sa cousine. Dada May, une grosse mendiante noire d’origine africaine, avait élu domicile sous l’arcade du portail Bab Chaaba. Ses yeux rouges, sa voix aigue faisaient terriblement peur à l’adolescente.
    Comment pouvait-il refuser cette invitation ? Ce trajet lui évoquait l’un des moments les plus délicieux de sa vie. Il se souvenait parfaitement de la dernière fois où il l’avait accompagnée chez sa cousine Régine. Arrivés près de la porte Bab Chaaba, ils virent la grosse mendiante noire vautrée sur une caisse en bois qui lui servait de lit. M’hamed tendit la main à la jeune fille pour la rassurer. Elle se pressa contre sa poitrine et lui demanda de la cacher par son épaule. Elle marchait maladroitement. Elle allait trébucher à chaque pas. Le jeune garçon avait gardé fermement sa main dans la sienne.
    Arrivés près du parc Jnane Lfesiane, elle retira doucement sa main:
    » Merci, le danger est déjà passé, et les gens n’ont pas l’habitude de voir des jeunes se tenir publiquement ainsi ».
    Il relâcha la main de la jeune fille.
    Le plaisir diminua de tension au moment où il abandonna la posture harmonieuse qu’ils avaient adoptée tous les deux depuis un moment.
    Sur le chemin de retour, à la vue de la grosse mendiante, leurs mains se rapprochèrent à nouveau. Ils optèrent pour la même attitude qu’à l’aller. Le bout du sein de Tity qui frôlait délicatement la poitrine du jeune garçon lui procura une sensation agréable. Il avait envie de garder, le plus longtemps possible, ce corps délicat entre ses bras.
    Ils se regardèrent, se sourirent. Elle se dégagea du rempart protecteur.
    » A-t-elle perçu la même sensation? »
    Il parvint difficilement à se libérer du joug des rêves envahisseurs et reprit son écriture. Il avait du mal à trouver les expressions qui reflétaient fidèlement ce qu’il ressentait. Las de souffrir le martyre à trouver les mots adéquats, il rangea ses feuillets, les plia soigneusement, les remit dans la poche intérieure de sa veste et se leva pour rentrer chez lui.
    Il s’était juré de revoir tous les lieux qu’il avait visités en compagnie de Tity.

    III- Safi, le 17 mai 1967
    Ma très chère Tity, mon amour ;
    Toujours pas de nouvelles de ta part. Je ne sais pas si nous avons eu un garçon ou une fille. Je suis prêt à faire n’importe quelle folie pour voir mon petit ou ma petite et le ou (la) prendre entre mes bras. C’est pour te dire combien cette attente me fait atrocement mal. Je n’arrive plus à dormir. Des cauchemars! Des cauchemars me guettent chaque nuit. Je n’arrive plus à me concentrer sur la préparation de mes examens de fin d’année. Quand est-ce que vous allez revenir dans votre pays? Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi vous êtes partis. Pourquoi les juifs ont-ils quitté le Maroc où ils vivaient depuis plus de 2000 ans? Cet exode volontaire ou forcé doit certainement avoir un sens. Nous avons toujours été accueillants. La preuve, c’est que même les juifs qui ont été persécutés dans la péninsule ibérique pendant l’inquisition catholique du XVème siècle ont rejoint le Maroc pour pouvoir y vivre en sécurité. Pendant la seconde Guerre Mondiale, nombreux juifs ont fui l’Europe centrale et se sont réfugiés chez nous. Ton père sait certainement que sous le protectorat, notre roi Mohamed V, que Dieu ait son âme, a eu le courage et la détermination de sauver des vies juives. Les services de protectorat ne l’ont-ils pas décrit ainsi:
    « Très aimé des marocains et notamment de la grande majorité de ses 200.000 sujets juifs dont il garantit la protection »
    Les lois anti-juives élaborées sous le régime de Vichy n’ont fait que sceller le pacte entre notre roi et la communauté juive marocaine; et c’est cette protection totale qui va donner naissance au mythe du » Roi sauveur des juifs »
    Rappelle-toi, dans notre quartier, musulmans, juifs et chrétiens ont toujours vécu en harmonie. Ils étaient tous des marocains à part entière. Chaque communauté respectait l’autre. Les familles s’invitaient les unes les autres, les petits jouaient entre eux sans distinction de religion.
    Souviens-toi, les juifs de notre ville exerçaient librement leurs métiers, et les habitants n’ont jamais relevé un quelconque malentendu avec eux. Cacon le boulanger, Benysty Meyer le tailleur, Melloul le commerçant, Bengriech le vendeur de pépins d’arganier, l’épouse de M. Billon qui travaillait comme ouvreuse au cinéma Roxy, Merran le boucher, Abitbol qui travaillait dans l’industrie agro-alimentaire, Halioua le vendeur de sauterelles grillées, Sabbah le propriétaire de l’hôtel qui se trouve dans la rue où nous habitons et bien sûr j’oublie d’autres.
    Le soir quand il faisait beau, toutes les femmes juives de notre rue sortaient sur la place Sidi Boudhab. Elles s’assoyaient sur de petites chaises et commençaient à bavarder avec les marocaines musulmanes. Nous jouions aux billes devant elles. Elles nous faisaient des remarques, nous conseillaient de ne pas salir nos vêtements. Elles nous demandaient de ne pas nous éloigner quand nous allions écouter les chansons populaires, ou admirer les spectacles des halka qui se tenaient sur la même place.
    Nous n’avions pas d’électricité dans notre maison, et ta maman m’invitait à venir chez toi pour apprendre mes leçons et faire mes devoirs. J’étais traité comme un membre à part entière de ta famille. Je restais longtemps chez toi à discuter, à plaisanter. Tu faisais des remarques humoristiques sur tout ce qu’entreprenait ta maman. Quand il faisait froid, on se couvrait les pieds avec une couverture. C’était le moment où notre complicité atteignait son paroxysme. Tu me chatouillais ou me pinçais et je ne me laissais pas faire puisque moi aussi je pinçais tes jambes. Quel jeu délicieux! Quelles frivoles plaisanteries ! Quels moments débordant de bonheur ! Ton père, lui, était toujours collé à sa radio pour écouter les informations. Il lui arrivait, de temps en temps de nous demander de nous taire. Avec le temps, je commençais à me sentir chez moi. Chaque fois que je voulais rentrer à la maison, ta maman me filait toujours de la nourriture » Pour ta maman », disait-elle. Elle me demandait de lui rappeler qu’elles devaient aller toutes les deux aller soit chez Benzaken pour chercher de la broderie ou à la kissariat de Mursiano pour acheter quelques mètres de tissu.
    Mon père qui travaillait chez El Baz Nissim, le grand marchand de bois de construction, nous disait toujours du bien de son patron. A chaque occasion, à chaque fête religieuse juive ou musulmane, mon père savait qu’il allait toucher une prime. M. El Baz est venu chez nous, en personne, le jour où mon père est mort. C’est lui d’ailleurs qui s’est chargé des funérailles.
    Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ceci alors que tu le sais mieux que moi. Quelles histoires! Quelles aventures nous avons vécues ensemble!
    Cinéma Roxy ! Cimetière juif ! Mausolée des sept fils de Ribbi Benzmiro ! Essaouira…
    J’espère que tu reviendras bientôt pour reprendre nos aventures.

    M’hamed, l’insomniaque

    Tous les jeunes de la ville parlaient d’un film qu’on projetait au cinéma Roxy. Il voulait bien aller le voir lui aussi, mais il n’avait pas un sou. Sa maman, elle non plus, ne pouvait pas lui venir en aide. Depuis le jour où Régine avait commencé à souffrir sérieusement du mal de ses genoux, elle fit appel à la maman du jeune garçon pour qu’elle l’aide à faire le ménage et à préparer les repas. La petite somme d’argent qu’elle lui remettait couvrait à peine les dépenses quotidiennes.
    Tity voulait bien, elle aussi, aller voir ce film, mais elle n’avait que cent centimes, juste le prix d’une seule place.
    Un dimanche matin, la jeune fille se rappela que la femme de M.Billon pouvait bien leur rendre un petit service en les autorisant à entrer tous les deux au prix de cent centimes. Tity vint donc voir le jeune garçon et l’invita à aller avec elle au cinéma.
    » J’ai l’argent pour payer nos deux places ».
    Devant la salle de spectacle, elle demanda à son compagnon de l’attendre et partie discuter avec madame Billon. Quelques instants après, l’ouvreuse le héla. Elle les conduisit tous les deux bien au fond du balcon. Il n’y avait pas beaucoup de spectateurs. Tity l’informa:
    » Madame Billon n’a pas voulu prendre l’argent. Elle m’a dit que nous étions ses invités ».
    « C’est très gentil de sa part! », répondit M’hamed. Il ajouta timidement : « Avec sa superbe poitrine, elle est vraiment très attirante »
    Ce compliment naïf mais maladroit fit bouder la jeune fille. Elle resta silencieuse et ne voulait plus répondre à ses questions. Devant l’insistance du jeune garçon sur les causes de sa mauvaise humeur, elle lui répondit, tremblante et tendue de tout son être.
    « Tu t’intéresses trop aux femmes et aux jeunes filles. Respecte au moins ma présence ». Et elle se retrancha une seconde fois derrière son silence.
    Profitant de l’obscurité du lieu, le jeune homme tenta de la consoler et de lui demander pardon. Il mit sa main gauche sur les épaules de la jeune fille: » Excuse-moi, je ne savais pas que j’allais te faire mal ». Elle se blottit contre lui en posant doucement sa tête sur la poitrine de son compagnon. Elle lui chuchota: » Embrasse moi si tu veux que te pardonne ». Il effleura furtivement son front. » Non pas sur le front, mais ici » Et elle lui désigna sa bouche.
    Il l’attira à lui et pressa avidement ses lèvres contre les siennes.
    C’était la première fois qu’il embrassait une jeune fille. Il avait chaud. Ses oreilles bourdonnaient. Il tremblait.
    Le film hindou, en noir et blanc relatait une histoire d’amour entre deux jeunes : une fille et un garçon. Avant de partir faire la guerre, le jeune soldat promit à la fille de l’épouser à son retour. Durant la guerre, la fille ne reçut aucune nouvelle de son fiancé. Mais elle avait pris l’habitude de rédiger, de temps en temps, des lettres d’amour qu’elle comptait remettre à son fiancé quand il reviendrait. Il ne revint pas. A la fin du conflit, elle apprit qu’il était mort. Désespérée, elle se suicida, laissant derrière elle une dizaine de lettres.
    En quittant la salle, Tity essuyait ses larmes. Elle était très bouleversée par la fin tragique de l’histoire. Elle trouvait la réaction de l’héroïne du film tout à fait noble. Elle ajouta : « A sa place, moi aussi, je ferais la même chose ».
    M’hamed essaya de la raisonner en lui rappelant qu’il ne s’agissait que d’une histoire fictive. Elle ne voulut rien savoir. Elle demanda à son compagnon s’il parviendrait à survivre après la mort de celle qu’il aimait.
    « Certainement pas », répondit-il.
    « Tu te donneras la mort », conclut-elle.
    « La mort, je ne sais pas, mais je deviendrai fou, et la mort viendra toute seule ».
    Depuis ce jour là, leur relation prit un autre tournant. D’un air tout à fait naturel, Tity commença à lui dévoiler ses vrais sentiments. Elle n’était pas de celles qui même en éprouvant un irrésistible désir d’amour, simulaient une certaine résignation mêlée d’indifférence et qui pour s’abandonner cherchaient des prières et des promesses truffés de mensonges. Non, elle était spontanée et toujours consentante. Elle se maquillait et se coiffait devant son ami Elle lui demandait même son avis sur sa façon de s’habiller, sur son allure, sur sa silhouette…
    Les attouchements les pincements et les agitations d’autrefois cédèrent la place à des câlins, à des caresses. Leurs gestes devinrent nobles et pleins de bienveillance. S’ils se retrouvaient seuls, leurs mains ou leurs lèvres se frôlaient, se touchaient.
    Si Tity n’était pas avec lui, M’hamed brûlait de souffrance. Il trouvait le temps long, vide et monotone.
    Il se demandait si ce n’était pas là les signes précurseurs de cet illustre sentiment qu’on appelle l’amour
    Ce matin là, il se leva tôt comme d’habitude, prit ses feuillets et se dirigea vers le cimetière juif. Il s’installa près de la tombe de feu Benhayoun, le grand père paternel de Tity, sortit son crayon et se mit à écrire. Mais les souvenirs forts, violents et combien attendrissants vinrent secouer son esprit. Il tenta tant bien que mal de se dégager de cette emprise douce et ensorcelante avant d’abdiquer et de se laisser entraîner par le flot des moments passés à côté de Tity dans cet endroit là.
    Comme le professeur d’histoire-géographie de la jeune fille était en congé de maladie, le surveillant général du lycée demanda à toute la classe de quitter l’établissement. Devant la porte, Tity se rappela que son ami M’hamed lui non plus n’avait pas cours de dix heures à midi. Elle attendit sa sortie et lui proposa de l’accompagner au cimetière juif. Elle voulait revoir la tombe de son grand père Benhayoun. M’hamed ne comprit rien au désir de la jeune fille, mais celle-ci l’encouragea en lui précisant qu’il allait certainement apprécier la place où reposait son aïeul.
    Elle marchait posément à côté de lui. Elle avait éclos en peu de temps. Elle n’était plus la bouillonnante gamine de quatorze ans aux gestes vifs qui aimait le jeu et le badinage. Ses hanches se balançaient avec souplesse, avec noblesse, faisant bondir une poitrine prononcée. De tout son corps émanait une sensualité qui mettait en feu son compagnon chaque fois qu’il la voyait venir vers lui.
    En arrivant sur les lieux, le jeune garçon fut charmé par le monument sous lequel reposait le défunt. Une stèle en marbre gris sur laquelle étaient gravés le nom et prénom du disparu (Ihoud Benhayoun), sa date de naissance (I872) et celle de son décès (1958) ; suivis de quelques lettres en hébreu et de l’étoile de David placée juste au milieu de la pierre tombale. Deux arbustes de chaque côté de la tombe semblaient protéger le grand-père de la chaleur et du vent marin.
    Tity se mit à l’ombre de l’un des deux arbres et invita son compagnon à s’asseoir à côté d’elle. Au bout d’un moment, elle lui dit :
    « Sais-tu pourquoi je t’ai conduit ici ? ». Elle ne lui laissa pas le temps de deviner. « Ici repose l’être qui m’est le plus cher dans toute ma famille ; poursuivit-elle. Aujourd’hui, je veux qu’il soit le premier à être témoin de notre amour. Oui M’hamed, tu me plais beaucoup ».
    Elle hésita un moment, comme si elle cherchait ses mots, puis lâcha d’un seul coup.
    « Je t’aime M’hamed ! Je t’aime ! ».
    Cette phrase prononcée avec un accent plein de tendresse et de sensualité, déclencha un frisson doux dans tout le corps du jeune homme.
    Il lui dévoila à son tour sa passion. Il souligna toutefois, en soupirant, que leur amour ne pourrait jamais aboutir. Il lui fit remarquer l’écart qui séparait leurs familles et leurs milieux socioculturels.
    Les yeux de la jeune fille brillèrent de fureur.
    « Comment ? Au nom du milieu socioculturel, je dois renoncer à mon bonheur ? Parce que tu viens d’une famille pauvre, je ne dois pas te fréquenter ? Mais qui a inventé cette loi ? Qui a dit qu’une juive ne peut ni ne doit aimer un musulman ? Dieu même serait injuste s’il avait créé cette loi. Non M’hamed ! Tout ceci relève de la bêtise humaine, et crois-moi, je ne me plierai jamais devant ces idioties sociales. Pour mon bonheur, pour mon amour, j’irai jusqu’au bout. Je suis prête à lutter, à me sacrifier s’il le faut.
    « Qu’elles aillent au diable toutes ces stupides barrières qui veulent me priver de mon bonheur ! »
    C’était la première fois où il entendit la jeune fille se défendre d’une manière si violente et si crue. Cette réaction le rendit plus hardi. Il donna pour la première fois, lui aussi, libre cours à ses sentiments les plus profonds.
    « Pour vivre avec toi, j’irai au bout du monde s’il le faut. Je traverserai l’océan à la nage pour te rejoindre. Tity, tu ne peux pas imaginer à quel point je t’aime moi aussi. Je n’ai jamais osé te le dire, mais maintenant que les dés sont jetés, sache que je ne pourrai jamais vivre sans toi. Depuis le jour où nous étions ensemble au cinéma, je ne cesse de penser à toi. Bien que je ne sois pas sûr de tes sentiments envers moi. Je me suis dit que ton attitude n’était que passagère et qu’avec le temps, elle finirait par s’évanouir. C’est pour cela que je me suis engagé avec une certaine réserve. Je ne voulais pas souffrir d’une blessure supplémentaire ».
    Hypnotisée par cet aveu, la jeune fille écoutait passivement en souriant. Elle abreuvait avidement les paroles de son ami. Elle aurait souhaité que ce discours ne prît jamais fin.
    Avant la confession du jeune homme, Tity avait, elle aussi, peur de le bouleverser, de le bousculer, de le choquer. Elle savait à quel point les coutumes et les traditions pouvaient façonner l’esprit de l’être humain. Elle freinait donc difficilement la course de ses sentiments.
    Ce jour là, les rênes qui retenaient ses élans venaient de céder.
    « Mon Dieu ! Il m’aime ! Il m’aime lui aussi! », faillit-elle crier.
    Elle sauta sur lui, le tira vers elle et l’embrassa chaleureusement. Ils s’allongèrent tous les deux par terre. M’hamed ne savait quoi faire. Il craignait un geste maladroit de sa part qui pourrait déplaire à la jeune fille. Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle l’encouragea à la prendre dans ses bras et colla ses petits seins contre son torse. Son partenaire était aux anges. Il sentit un fourmillement le long de son corps. Une sensation de fièvre l’envahissait. Sa main tremblante vint caresser légèrement le bas ventre de la jeune fille. Cette dernière fut entièrement secouée par des spasmes nerveux et convulsifs et, au lieu de le repousser, elle l’encouragea en soulevant légèrement sa jupe. Le jeune garçon demeura perplexe à la vue des belles jambes blanches qui s’offraient à lui. Tity commença de son côté à caresser la poitrine de son amant. L’effet sensuellement délicieux qu’ils ressentirent tous les deux accéléra leurs respirations. Toutes les conditions sociales, toutes les religions, toutes les traditions furent emportées par l’ouragan de leur amour. Seul un petit détail auquel ils n’avaient pas pensé vint mettre fin à leur fusion idyllique avant qu’ils n’atteignent le plaisir ultime.
    Habiba (lâarija) la boiteuse, une folle, une femme héron aux jambes en baguettes et au bec long et pointu était là, debout devant eux. Elle criait de toutes ses forces. Elle disait que les deux intrus avaient violé sa chambre nuptiale. « Sortez d’ici ! Que Dieu maudisse votre union ! »
    Les deux amoureux se sauvèrent. C’était un mauvais présage, selon Tity. Son grand-père ne fut pas témoin de leur amour comme elle l’aurait souhaité. Elle pleura tout le long du chemin. M’hamed tenta de la réconforter, mais en vain. Ce ne fut que deux jours plus tard, qu’elle commença à retrouver son calme, sa sérénité et sa joie d’aimer.
    Elle voulait bien tenter de revivre une seconde fois son aventure amoureuse auprès de la tombe de son grand-père pour que ce dernier certifie et bénisse cette relation, mais elle avait peur d’être dérangée par la mendiante.
    « Je trouverai un lieu beaucoup plus symbolique ! », répétait-elle.

    IV- Safi le, 08 octobre 1967

    Ma très chère Tity, mon amour, mon espoir,
    Ma mère est morte il y a trois jours.
    Comme si ce malheur n’était pas suffisant, je viens d’apprendre qu’un conflit s’est déclenché entre Israël et certains pays arabes.
    Oui, je viens d’apprendre que la guerre a éclaté là-bas? Pourquoi toute cette violence ? Au lieu de négocier pacifiquement pour trouver une issue à cette crise, les pays arabes sont intervenus, par solidarité, soi-disant, à côté de l’Egypte. Ils ont privilégié la guerre. Ils ont compliqué davantage la situation.
    Voilà donc à quoi peut mener la bêtise humaine : le rejet de l’autre. Les politiciens et les soldats des deux clans ont préféré le recours aux armes tuant des milliers d’âmes innocentes, et expulsant des centaines de milliers de palestiniens vers les pays voisins.
    Il parait que juifs et musulmans ne s’entendent plus. Pourquoi donc toute cette haine ?
    Cette incompréhension ?
    Ou bien ces responsables sont fous, ou bien c’est moi qui le suis parce que je n’arrive pas à saisir les nuances et les enjeux qui ont déclenché cette haine.
    La religion est-elle faite pour désunir, pour déchirer les peuples ? Ne doit-elle pas, au contraire, intervenir pour raisonner les responsables chaque fois que ces derniers virent vers la xénophobie, l’extrémisme ou l’intolérance ?
    Les gens ne peuvent-ils pas pratiquer leurs cultes religieux tout en vivant en harmonie ?
    Quelles seront les conséquences si les Palestiniens optent, eux aussi, pour des solutions extrêmes ? Que pourra faire le gouvernement israélien contre des résistants déchainés s’ils recourent à des opérations kamikazes ?
    Crois-moi, c’est la société civile qui paiera les pots cassés.
    Très chère Tity,
    Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est que chaque fois que deux religions différentes se rencontrent, elles ne peuvent jamais cohabiter ensemble.
    Que m’a-t-il volé, de quoi m’a-t-il destitué celui qui ne pratique pas ma religion ?
    Ecoute moi ma chérie, dorénavant, personne en Israël ne pourra vivre en sécurité. La fraternité qui régnait entre les juifs et les musulmans va céder la place à la méfiance. Les positions vont se durcir. Une éventuelle réconciliation entre les deux peuples a très peu de chance de voir le jour.
    J’ai peur pour toi et pour toute ta famille.
    J’espère que tu regagneras bientôt le Maroc, ton pays d’origine, le pays où tu vivais heureuse, le pays où tu as laissé une partie de toi-même.
    Reviens je t’attends.

    M’hamed, L’égaré

    V- « De toutes les villes côtières du royaume, Essaouira reste la seule qui jouit d’un climat tempéré, aussi bien en hiver qu’en été. C’est la cité de l’amour, de l’amitié, de la fraternité et de la tolérance.
    Savez vous qu’il n’y a pas longtemps, la communauté juive de cette ville, formait les deux tiers de sa population ?».
    Les premières phrases que prononça leur hôte en parlant d’Essaouira. Assis à la terrasse d’un café qui donnait directement sur la plage, Tity et M’hamed écoutaient attentivement Edmond AMRAN El Maleh, un juif homme de lettres, vanter les atouts de la capitale des Chiadma. L’intellectuel à la moustache bien garnie utilisait le pronom personnel « Elle » en parlant de la ville. Il ne la décrivait pas. Il la courtisait. Un amant avouant sa passion pour sa maîtresse.
    Depuis le mois de juin, Tity parlait constamment de cette ville qu’elle n’avait jamais visitée auparavant. Elle disait qu’elle s’y rendrait avec sa maman durant les grandes vacances. « Tu sais, une bonne partie de ma famille vit à Essaouira. Mon cousin Moshé, un riche orfèvre, nous a invitées à aller passer une ou deux semaines chez lui ».
    « Tu as de la chance ! », lui répondit M’hamed. Il ajouta à voix basse :
    « Deux semaines ! C’est une éternité ! Tu vas me manquer. »
    Souriante, les sourcils froncés, elle le repoussa de son épaule en disant :
    « Idiot ! Tu crois que je vais te laisser libre derrière moi ? J’ai déjà parlé à ma mère. Je lui ai dit que je vais m’ennuyer toute seule ».
    -« Et qu’elle a été sa réponse ? »
    -« Et bien devine ! C’est elle qui m’a demandé : « pourquoi tu n’invites pas ton ami M’hamed ? »
    -« Et tu vas inviter ton ami M’hamed ? », ironisa-t-il.
    -« Je ne sais pas, je réfléchis. D’ici là je vais voir. S’il reste sincère et fidèle, je vais peut-être l’emmener avec moi »
    -« Dévoué comme il est, je crois que tu n’as rien à lui reprocher »
    -« Alors je te fais confiance. Je l’inviterai donc ».
    Elle lui tendit la main : « Marché conclu ! »
    Il saisit la main et l’embrassa tendrement.
    Ils rirent tout au long du chemin.
    Les deux jeunes s’estimaient chanceux cette année là. Leur séjour à Essaouira souda davantage leur relation.
    Tôt chaque matin, ils se promenaient le long de la belle plage. Ils se tenaient par la main. Leur bonheur n’avait pas de limite.
    Rigine ne pouvait pas les accompagner dans leur randonnée matinale. Son mal de genou ne lui permettait pas de marcher ou de rester longtemps debout. Elle les attendait avec une ou deux de ses amies juives sur la terrasse d’un café.
    Par contre, l’après midi, elle les accompagnait près de la mer. L’air songeur, elle restait silencieuse. Les deux amoureux jouaient aux cartes près d’elle.
    Tity demandait au jeune homme de l’aider à appliquer sa crème antisolaire sur son corps. Une sensation de plaisir les envahissait tous les deux.
    Le soir quand il faisait frais, ils sortaient tous les deux pour se promener dans les ruelles étroites de l’ancienne médina. Tity était fascinée par l’artisanat local : la maroquinerie, les petits objets en bois poli, en bronze. Parfois, elle restait de longs moments, admirative, devant un tableau ou une statuette.
    Avant de revenir à la maison, ils n’omettaient pas de faire un détour par la Sqala de la Kasbah, des remparts qui donnaient directement sur la mer et où sont alignés d’anciens canons portugais. Là, ils s’assoyaient pour passer quelques doux moments à admirer le coucher du soleil. Elle avait pris l’habitude de se blottir entre les bras de son ami en le priant de lui rappeler une de leurs aventures.
    Ce soir là, souriante, elle exigea qu’il lui parle de leur refuge près du mausolée
    « Calme-toi. Ecoute plutôt les vagues de la mer et admire ce merveilleux soleil rouge qui va bientôt disparaitre », lui ordonna son ami.
    Toujours souriante, elle le tira par les cheveux et l’embrassa sur la bouche :
    « Notre aventure est mille fois plus merveilleuse que tes vagues et ton coucher de soleil. Vas-y je t’écoute ».
    Il s’exécuta :
    « Ce jour là, nous sommes sortis du lycée à neuf heures parce que les professeurs avaient un conseil de classe, je crois… »
    « Non, rectifia la jeune fille. Ils avaient réunion avec le proviseur du lycée. »
    « C’est vrai tu as raison. On avait mis tout les élèves dehors ; et sur la route, tu m’avais demandé de t’accompagner au mausolée des sept fils de Ribbi Benzmiro. On était au mois de décembre. Le ciel était couvert et il faisait très froid. Avant d’arriver sur les lieux, à une centaine de mètres environ, la pluie a commencé à tomber. Une pluie forte que le vent violent de ce jour là rendait cinglante. Nous avons couru rapidement vers le bâtiment funéraire pour nous mettre à l’abri. Nous nous sommes précipités dans le couloir étroit et un peu obscur qui mène vers la porte du mausolée. Tes cheveux étaient trempés. Nous sommes restés là plus de deux bonnes heures avant de rentrer chez nous ».
    « C’est tout ce que dont tu te souviens ?, lui demanda Tity. La pluie, le couloir obscur, mes cheveux trompés… Et quoi encore ? » . Elle poursuivit :
    « Ecoute mon amour, si je te demande de me raconter cette aventure, c’est parce qu’elle me rappelle le moment le plus heureux et le plus délicieux dans toute mon existence. Alors sois gentil et raconte-moi dans les plus infimes détails ce moment de bonheur. Tu ne peux pas imaginer le plaisir que je ressens chaque fois que tu me relate cette histoire ».
    « Puisque ça te fait plaisir… ».
    La jeune fille se retourna vers lui et le fixa d’un regard sensuel :
    « Dis-moi sincèrement, cette aventure ne représente rien pour toi ? »
    « Sincèrement ? Sincèrement ? Les moments que nous avons passés ce jour là resteront gravés dans ma mémoire pour toujours. Je souhaite me souvenir jusqu’à la dernière minute de ma vie des douces sensations que j’ai éprouvées ce jour là ».
    « Alors parle ! Qu’est-ce que tu as fait lorsque nous sommes entrés dans le couloir ? », La voix de Tity était presque suppliante.
    Un faisceau de souvenirs et d’images déferlèrent sauvagement et en désordre dans l’esprit du jeune homme: leurs petits jeux sous la couverture, leur premier baiser au cinéma, leurs caresses près de la tombe de Benhayoun…
    Lui aussi éprouvait un certain plaisir chaque fois qu’il racontait une de leurs nombreuses aventures
    Les bras pendants autour des seins de Tity, il parlait à voix basse. Il chuchotait presque dans les oreilles de sa compagne. Blottie contre lui, celle-ci laissa tomber le coucher du soleil et ferma les yeux pour se concentrer et revivre une nouvelle fois les sensations de bonheur que lui procure cette histoire.
    Il reprit son histoire.
    « J’ai enlevé mon manteau et je l’ai étalé par terre. Nous nous sommes assis. Et… et j’ai commencé à te caresser. D’abord les cheveux, tout doucement. J’avais peur que tu réagisses négativement. Sentant mon hésitation, tu as pris ma main gauche et tu l’as appliquée sur tes seins m’invitant ouvertement à être plus courageux et plus entreprenant. Tu as enlevé ton manteau et les bas qui te protégeaient contre le froid. Tu haletais. Tu m’as dit que tu avais chaud. Tu t’es allongée sur le manteau en m’invitant à m’étendre à côté de toi. En t’embrassant sur les lèvres, je caressais en même temps toutes les parties de ton corps : Tes cheveux, le bout de tes seins et tes jambes. Le sang bouillonnait dans mes tempes. Toi, Tu te débattais. Ta respiration est devenue précipitée et saccadée. C’était la première fois que je te voyais dans cet état.
    Soudain tu t’es dégagée de mes bras et tu m’as demandé ou plutôt tu m’as ordonné d’enlever mon pantalon. Dehors, la pluie est devenue plus intense. Voyant que j’hésitais, tu as déboutonné toi-même ce vêtement en m’assurant que notre plaisir redoublerait de force quand ces parties de nos corps allaient se toucher. En effet, une sensation délicieuse m’a envahit au moment où tu as placé tes belles jambes entre les miennes. J’étais aux anges ! Mais je n’étais tout de même pas satisfait. Je tremblais de tout mon corps. Une fièvre m’avait pris soudainement. Je voulais aller plus loin. Je voulais atteindre le sommet de cette merveilleuse sensation. Mais encore une fois je me suis retenu en me contentant de te confier entièrement mon corps. Toi, non plus, tu n’étais plus maîtresse de tes gestes ni de tes mouvements. Tu murmurais « oui ! Comme ça ! Continue ! ». Soudain, dans un déluge de mouvements brusques et enchevêtrés, tu t’es débarrassée de ton slip et tu as enlevé le mien. En découvrant la partie de mon corps la plus tendue, la plus rigide, la plus fiévreuse tu m’as basculé sur toi et tu as presque crié ; « Vas-y ! J’attends ce moment depuis longtemps. Je voulais que mon grand père en soit témoin, mais nous n’avions pas de chance. Aujourd’hui je veux accomplir cette œuvre devant mes ancêtres. N’aie pas peur, je vais t’aider. Je t’assure que je ne vais pas crier ». Mais tu m’as conseillé, tout de même, d’opérer tout doucement .Tu as fermé les yeux.
    Et c’est vrai ! Tu n’as pas crié. Le fait de te voir mordre ta lèvre inférieure ma confirmé que je te faisais horriblement mal, et j’ai réalisé, en même temps, à quel point tu devais m’aimer pour supporter cette douleur et m’offrir ce que toute femme a de plus cher. Durant tout ce noble acte qui n’a duré que quelques minutes, tu n’as cessé de murmurer des mots d’une manière imperceptible.
    Des secousses convulsifs ont mis fin à nos ébats. Ebranlés et tout tremblant, nos deux corps qui se tiraillaient par ce premier voyage bouillonnant et maladroit ont retrouvé leur calme. Tu m’as regardé affectueusement tout en passant tes doigts fins dans mes cheveux. Quelque chose nous avait ôté la parole. Nous sommes restés allongés l’un à côté de l’autre une bonne demi-heure avant d’enfiler silencieusement nos vêtements.
    Dehors la pluie avait cessé de tomber. Le vent s’était calmé. Sur la ville planait un air de repos. Un air pur.
    « Tu vois ! Même la nature fête notre amour ! », m’as-tu fait remarquer en éclatant de rire.
    Et bien sûr depuis ce jour, nous n’avons cessé de tisser des mensonges, d’élaborer des stratégies pour nous retrouver seuls.
    « Et cette nuit nous allons nous retrouver encore une fois seuls pour passer une bonne partie de la nuit
    ensemble ». Conclut Tity en souriant.
    Heureux, ils se levèrent pour rentrer chez-eux.
    En descendant du car à Rabat, M’hamed décida de rejoindre l’université à pieds qui n’était pas très loin de la gare routière. Les cours débuteraient le 27 octobre. Il avait choisi de s’inscrire à la faculté des lettres et des sciences humaines. Voulant tirer profit de cette journée d’automne qui s’annonçait belle, le jeune homme acheta un journal français célèbre par son impartialité et ses articles très sérieux, avant de se diriger vers un café pour prendre son petit déjeuner. En feuilletant le quotidien, son attention fut attirée par un titre sur les dégâts humains de la guerre des sept jours. L’auteur parlait de cette guerre absurde qui faucha en moins d’une semaine, sans distinction, des milliers d’innocents. Il cita, dans un petit encadré l’exemple d’une famille qui avait été complètement décimée par le tir d’un obus :
    « Des obus tirés par des chars Syriens ont réduit en décombre un chalet près de la ville d’Akhziv au nord d’Israël tuant une famille de quatre personnes.
    Ohayon, sa femme Régine et leur fille Tity étaient arrivés en Israël depuis plus d’un an. Au moment de leur départ de la ville de Safi au Maroc, la jeune fille était enceinte de deux mois. Le bébé, Issac, est mort lui aussi avant de voir son papa qui était resté au Maroc… »
    Les mots de l’article devinrent flous. M’hamed ne put poursuivre sa lecture. Il essaya de relire l’encadré mais sans succès. La salle tournait autour de lui. Il avait chaud. Il avait la nausée. Il se leva. Il dut s’agripper à une chaise tellement ses pieds flageolaient. Il paya son café et quitta les lieux.
    Dehors, il ne distingua plus rien. Un bourdonnement confus inonda son esprit. Il se dirigea d’un pas chancelant vers la gare routière, prit le premier autocar qui allait à Safi.
    Durant tout le trajet, il ne cessa de maudire son sort. Une lassitude pesait lourdement sur lui. De ses deux mains, il cacha son visage et pleura à chaudes larmes. Il lança quelques soupirs et force jurons. Qu’avait-il commis de grave pour que la mort s’acharne contre lui en lui arrachant tout ce qu’il avait de plus cher dans ce monde. D’abord son père, mort d’un cancer à l’âge de quarante ans, ensuite sa maman raflée par la tuberculose et enfin sa femme et son bébé disparus tous les deux sous les décombres. Il se demandait pourquoi le destin lui avait fait goûter des moments de bonheur, de tendresse et d’amour s’il savait que la mort allait venir piétiner tout d’un seul coup.
    « Comment était le petit ? Ressemblait-il à sa maman ou à moi? », se demanda le jeune homme,
    « Tity avait bien tenu sa promesse en donnant au bébé le nom d’ « Issac ».
    « Si c’est un garçon, je le nommerai Issac et si c’est une fille, elle s’appellera Amira ».
    En arrivant à Safi, M’hamed rejoignit directement sa maison. Il faisait déjà nuit. Il parlait tout seul. A haute voix. Il n’avait rien mangé de toute la journée. Il se mit devant une table basse, prit un feuillet et commença à écrire. Il rédigea une courte lettre à l’intention de sa chère Tity. Il prit les trois autres lettres qu’il avait rédigées auparavant, fourra le tout dans une bouteille en plastique qu’il ferma hermétiquement avant de quitter la maison en riant joyeusement.

    VI – L’inspecteur demanda des renseignements sur les circonstances de la mort.
    « Le corps a été rejeté par la mer. Des pêcheurs l’ont découvert sur une petite plage à trois kilomètres au sud de la ville », répondit un homme trapu portant une fine moustache.
    « D’après le médecin légiste, la mort remonte à trois jour. La victime n’avait aucune pièce d’identité sur elle. Seule une bouteille en plastique fermée était solidement attachée au pied droit du défunt. Elle contenait les quelques feuilles de papier que voici. Je crois qu’il s’agit là d’un suicide mon chef. ».
    Le petit homme se retira du bureau en fermant doucement la porte derrière lui. L’inspecteur prit les feuillets dans le désordre et commença à lire. L’écriture était bien soignée et facilement lisible. C’était des lettres rédigées par le défunt à l’intention d’une jeune juive qu’il aimait et qui était partie en Israël.
    M. LAABALI

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